vendredi 24 octobre 2014

Working Class Hero

La Victoire de Samothrace

La Victoire de Samothrace est l'une des (nombreuses !) pièces maîtresses du Louvre. Découvrir cette magnifique statue en haut de l'escalier Daru, dominant le visiteur, reste toujours un ravissement. Lors de dimanches après-midi particulièrement moroses, il m'arrivait d'aller au musée juste pour la contempler quelques instants; sa majesté, sa force confiante, sa belle énergie et la pureté de ses lignes suffisaient à me redonner le sourire.




La Victoire est découverte en avril 1863 sur le sanctuaires des Grands Dieux de l’île de Samothrace, île de la mer Égée au nord-est de la Grèce, lors de fouilles entreprises par le vice-consul de France et archéologue amateur, Charles Champoiseau. Il fait envoyer au Louvre la statue ainsi que de nombreux fragments, mais laisse de côté de gros blocs de marbre gris, jusqu'à ce qu'en 1875, une mission archéologique autrichienne les identifie comme la proue d'un navire sur lequel devait reposer la Victoire. Après des essais de remontage et des moulages en plâtre de certaines parties manquantes, la restauration est achevée en 1884 et la Victoire est installée en haut de l'escalier Daru.




Le sanctuaire de Samothrace est un lieu de pèlerinage très fameux durant l'antiquité. Le bâtiment abritant la statue est à flanc de colline, à l'endroit le plus haut et le plus reculé du sanctuaire, ouvert sur la terrasse qui s’étend devant le portique. Le monument est un peu en oblique par rapport au mur du fond de l'édifice, ce qui fait très certainement que le pèlerin le découvre de trois quarts gauche. 
Figure très représentée dans l'art grec dès la Grèce archaïque, la Victoire est une allégorie féminine ailée, portant la nouvelle d'un triomphe, athlétique ou militaire. Il est probable que celle de Samothrace commémore une victoire navale. L'invoquer dans le sanctuaire permet ainsi d'éviter un naufrage ou de remporter un combat. Son sculpteur, auquel on pourrait également attribuer des sculptures du Grand autel de Pergame, serait présent à Samothrace entre 220 et 185 avant J.-C.




Le monument mesure 5,57 m de haut. La statue de marbre blanc de Paros mesure 2,75 m avec ses ailes. La base de 2,01 m de haut et le socle de 36 cm de haut sont en marbre gris veiné de blanc provenant des carrières de Lartos dans l'île de Rhodes.
"Le monument de la Victoire de Samothrace date de l'époque hellénistique, durant laquelle les sculpteurs grecs se démarquent de la tradition classique, notamment dans leur façon de concevoir les sculptures dans l'espaces. Ainsi c'est de trois quarts à gauche que l'on peut apprécier toute l'ampleur de la statue. La large enjambée qui exprime la force du mouvement, le déploiement des ailes vers l'arrière, la disposition sophistiquée des draperies ont été conçues pour ce point de vue. La tête était sans doute légèrement tournée de ce même côté."







La main droite de la Victoire est retrouvée à Samothrace en 1950. Paume ouverte avec deux doigts tendus, elle ne tient sans doute pas une trompette de la renommée, une couronne ou une bandelette comme on l'a longtemps imaginé, mais esquisse un geste de salut victorieux.



"La paume de la main et la dernière phalange de l'annulaire ont été retrouvées en 1950 par J. Charbonneaux lors de recherches américaines. Elles ont fait l'objet en 1954 d'un échange avec le musée de Samothrace. Le pouce et la partie inférieure de l'annulaire avaient été retrouvés lors de la mission autrichienne de 1875."
La Victoire de Samothrace a été rénovée entre septembre 2013 et l'été 2014, grâce notamment à une souscription publique. L'occasion de rendre un joli hommage à ma Mamie, qui aurait eu 100 ans en 2013...




Pour les amoureux de la Victoire comme moi, cette page internet du musée du Louvre contient des informations passionnantes et très complètes sur l'œuvre, ainsi que de très beaux documents iconographiques.

dimanche 19 octobre 2014

La Praluline

La jolie boutique de François Pralus près du Centre Pompidou est bien appétissante avec ces innombrables tablettes de chocolat et ces cakes moelleux ornés de tranches d'oranges confites.
Mais la star incontestée reste bien la Praluline.




Créée en 1955 par Auguste Pralus, meilleur ouvrier de France à Roanne, cette brioche au beurre et aux pralines maison est aussi jolie que délicieuse. Rose comme un rêve de petite fille, elle regorge d'amandes de la région de Valence et de noisettes du Piémont.
Quoi de mieux pour accompagner le thé le dimanche après-midi ?

samedi 18 octobre 2014

Auxonne depuis la tour haute


Il faut attendre le mois de septembre et les journées européennes du patrimoine pour être autorisé à gravir courageusement les 164 marches qui conduisent au sommet de la tour haute de l'église Notre-Dame d'Auxonne.
La vue sur la petite cité en bord de Saône est alors de toute beauté.







La perspective sur Notre-Dame diffère quand on fait jeu égal avec le clocher.




L'hôtel de ville est toujours aussi majestueux, mais Bonaparte devient tout petit petit...




Et les bâtiments et leurs toitures semblent des jeux d'enfant sous l’œil des gargouilles.





vendredi 17 octobre 2014

High Hopes

Street Art & Nuit Blanche

La Nuit Blanche parisienne du 4 octobre dernier a laissé une large place au Street Art, décidément très en vogue dans le 13ème arrondissement.
Ainsi, la Halle Freyssinet, ancien bâtiment ferroviaire non loin de la gare d'Austerlitz, a été investie pour l'occasion par plusieurs artistes internationaux, attirant énormément de visiteurs malgré une nuit d'automne des plus impitoyables.


















En entrant par la rue du Chevaleret, comme pour nous souhaiter la bienvenue, l'artiste berlinois Jan Vormann avait déjà rafistolé un vieux mur décrépi à l'aide de briques de Lego. Le projet, qu'il construit au fil de ses pérégrinations urbaines, s'appelle Dispatchwork et est emprunt d'une gaieté communicative.




L'une des trois nefs de la Halle Freyssinet avait été investie par l'artiste italienne Esther Stocker, mais des motifs sans grand intérêt et une mauvaise utilisation d'un espace pourtant hors du commun m'ont très vite détournée de son œuvre. Ce qui était exposé dans les petites niches sur le côté des bâtiments était selon moi bien plus intéressant.

A commencer par 25 fantômes de Florian Marco, des burqas spectrales, fascinantes autant qu’inquiétantes. C'est de loin l'œuvre qui m'a le plus touchée par sa puissance évocatrice: la nuit parisienne prenait une tournure très inquiétante et on se sentait réellement hanté.














Mademoiselle Maurice et ses papillons en origami nous ramenaient ensuite vers une poésie bucolique et colorée avec Black Out.












Puis venaient les animaux très graphiques et très travaillés du duo d'artistes Monkey Bird Crew, avec Singerie oisive.





Rouge avait su magnifiquement occuper l'espace avec ce beau portrait intitulé Créature, qui transformait en véritables outils plastiques les moindres reliefs de cet espace industriel.



L' œuvre de Jean Faucheur, Yeux fluos, était très surprenante. Tout d'abord, on ne voyait qu'une grande toile avec des disques colorés, qu'une lumière fluorescente rendait presque aveuglante. Ce n'est qu'en prenant du recul que le visage apparaissait, regard vif et inquiétant.




La bête humaine, celle de Renoir, pour ce Cheminot de STF Moscato, permettait à la Halle Freyssinet de revenir à ses premières amours...




Jef Aérosol habillait quant à lui la nuit d'un tempo soul bleuté, avec Nuit blanche, voix noires.






Et pour finir, un ego trip onirique de Brusk.


samedi 11 octobre 2014

Vente Larry Clark au Silencio

Club ultra privé de la rue de Montmartre conçu par David Lynch, le Silencio est un de ces lieux froids dont on se dit qu'ils ne résisteraient pas à la lumière du jour. Il accueillait début septembre une vente plutôt originale de clichés de l'artiste américain Larry Clark.




"[...] de nombreuses photographies couleur de l'artiste et réalisateur internationalement reconnu Larry Clark, en format 10 x 15 cm ou 13 x 18 cm, seront mises en vente pour ses fans au Silencio. Ces photographies font partie des archives personnelles de Larry Clark et ont été imprimées entre 1992 et 2010 dans des boutiques de tirages photos. Les mêmes qui aujourd'hui à l'heure du numérique tendent à disparaître. Son 70ème anniversaire lui fait prendre conscience des milliers de tirages qu'il a accumulé au cours de toutes ces années. Ces images-souvenirs témoignent des personnes avec lesquelles il a échangé: ses amis, les jeunes qui ont joué pour certains les premiers rôles de ses films, mais aussi la séance photo pour le calendrier de la marque Supreme. Des portraits uniques, des autoportraits. Larry Clark a décidé que le meilleur usage pour ces photos cumulées était de les rendre disponible à ses fans et aficionados afin que, pour une fois, ils puissent s'offrir une de ses œuvres.
La vente n'a eu lieu que dans deux villes: à New York à la galerie Home Alone II , puis à la galerie Simon Lee à Londres."

Larry Clark, artiste fasciné par l'adolescence trouble, s'est fait connaître en 1971 grâce à sa première monographie intitulée Tulsa, représentant des groupes de junkies de sa ville natale de l'Oklohoma. Le réalisateur de Kids avec Chloë Sevigny et de Ken park, entre autres, a envisagé cette vente comme un lègue à son public: "Il s'agit d'un juste retour pour tous les skateurs et fans qui souhaitent avoir un souvenir de moi. Je peux ainsi mourir heureux."

La vente en elle-même était plutôt pénible dans sa première partie: une longue attente sur le trottoir devant la cordonnerie voisine, puis dans les sombres salons prétentieux et bruyants où tous les employés parlaient anglais - bienvenue à Paris ! Mais une fois passée cette rude épreuve, on pouvait enfin pénétrer dans une petite pièce garnie de canapés, le Saint des saints. Et la rencontre avec les photos avait enfin lieu, autour de grands bacs de bois contenant, des centaines, des milliers de clichés que l'on triait, que l'on se passait de main en main.





C’était à la fois émouvant, amusant et étonnant.
La variété des clichés était saisissante: les obsessions de l'artiste bien sûr, le skate, la ville américaine, les portraits d'adolescents, les nus sexuels et sulfureux... Mais aussi des photos de vie, semblables à celles de tout un chacun, des bougies sur un gâteau d'anniversaire, un petit chien endormi sur une couverture, des dîners entre amis... Et même des photos ratées, surexposées ou carrément toutes blanches.
J'ai beaucoup aimé cette multitude pleine de vie et d'énergie.



Et tout particulièrement les quelques tirages issus des séances pour le calendrier Supreme. C'est l'un d'entre eux que j'ai choisi de rapporter avec moi en cassant ma tirelire.