lundi 26 mai 2014

Le Voyageur et son ombre

Un voyageur pensif en fronçant fort son front
contemplait la nature énorme énorme chose
pleine de mystères et de contradictions
pleine de boules puantes et de fleurs écloses
Tout autour s'étendait les près et la verdure
les volcans les jardins les rochers et l'azur
les forêts les radis les oiseaux les pinsons
les golfes les déserts les bœufs les charançons
et le penseur pensif toujours fronçant sa hure
contemplait contemplait contemplait la nature
Il se mit à pleuvoir Alors le voyageur
ouvrit son parapluie et regarda quelle heure
il était à sa montre et reprit son chemin
en murmurant tout bas: moi je n'y comprends rien


Raymond Queneau
in Battre la campagne
1968.

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