dimanche 13 avril 2014

Profondo rosso / Surnatural Orchestra

Profondo Rosso
Film de Dario Argento
Italie, 1975.

Ciné-spectacle du collectif
Surnatural Orchestra
à la Maison de la Musique de Nanterre
le 23 mars 2014
dans le cadre du festival Banlieues Bleues.




Fanny Menegoz (flûtes, voix), Clea Torales (flûte), Adrien Amey (sax soprano, MS20), Baptiste Bouquin (saxes alto, soprano), Jeannot Salvatori (sax alto), Robin Fincker (sax ténor), Nicolas Stephan (sax ténor), Fabrice Theuillon (sax baryton, effets), Julien Rousseau (trompette), Antoine Berjeaut (trompette), François Roche-Juarez (trombone), Hanno Baumfelder (trombone), Judith Wekstein (trombone basse), Boris Boublil (claviers, piano), Guillaume Magne (Julien Omé) (guitare), Laurent Géhant (sousaphone), Antonin Leymarie (batterie), Maxence Tual (comédien), Anne Palomeres (danseuse), Katia Petrowick (Chorégraphie) Zak Cammoun (son), Damien Christea (lumière).

Dans le cadre du formidable festival Banlieues Bleues (formidable, même s'il n'y avait aucun concert à Montreuil cette année...), la Maison de la Musique de Nanterre accueille un ciné-spectacle assez jubilatoire, rencontre entre Dario Argento et Surnaturel Orchestra, big band parisien. La partition proposée, largement influencée par Ennio Morricone et Nino Rota, accompagne avec bonheur l'oeuvre d'Argento, à laquelle elle redonne modernité et dynamisme. Mais néanmoins, ce film, petit bijou du baroque d'épouvante italien, se suffit à lui-même.

Sorti en 1975, Profondo rosso, bêtement traduit en français par Les frissons de l'angoisse, a une esthétique intemporelle, multiple et bourrée de références. Dans un Milan aussi désert que les bords du Tibre du Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica, l'antiquité  côtoie un théâtre à l'italienne nimbé de spiritisme, un appartement à la décoration japonisante, un autre qui semble tout droit sorti d'une oeuvre d'Otto Dix et le fameux Nighthawks d'Edward Hopper. Témoin d'un meurtre mystérieux, un pianiste enquête sur une affaire aux ramifications anciennes. De cadavres en cadavres, le rouge profond crevant l'écran, il finit par arriver dans une incroyable maison Art Nouveau en ruines de la région romaine, à la fois somptueuse, excessive et improbable. La vérité effrayante le ramène alors à l'enfance et à la figure de la mère, dans un jeu de miroirs et d'apparences, où salle de bain, mère abusive et relation filiale pathologique renvoient à Hitchcock.



La musique accompagne les scènes et se substitue parfois aux dialogues et aux sous-titres, présents par intermittence selon l'intérêt narratif. Le côté résolument baroque du film est renforcé par la présence de cet orchestre vif et dissipé. J'ai adoré la projection, sans doute avant tout parce que j'ai adoré Profondo rosso, mais la musique est toujours bien sentie, très agréable.
Par contre, la présence sur scène d'une danseuse est bien moins heureuse, n'ayant que trop peu de rapport avec l'ensemble. Qui plus est, l'oeil, déjà beaucoup sollicité par l'écran et par les musiciens, ne parvient jamais à la suivre et la pauvre semble de trop.
Les interventions d'un comédien sont quant à elles bien mieux intégrées à l'ensemble, apportant un autre regard, une mise en perspective. Il figure un universitaire venu commenter la projection, et maladroitement, et avec néanmoins une bonne dose de pédanterie. Sous couvert de drôlerie, il cite Argento expliquant avec beaucoup de sensibilité que c'est le cinéma, le fait de faire ses propres films, qui lui a permis de vivre, d'avoir une famille, des enfants, etc. J'ai trouvé ça très beau. Et au fur et à mesure de la projection, le propos se fait plus grave, rappelant que l'Italie des années 1970 a pu être authentiquement profondo rosso, jusqu'à convoquer le spectre de Pasolini, mort assassiné justement en 1975. La lecture du procès-verbal de son autopsie surpasse en horreur tout ce qu'avait pu imaginer Argento.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire