lundi 28 avril 2014

No seconds / Henry Hargreaves

Le photographe néo-zélandais Henry Hargreaves a réalisé une passionnante série de clichés sur les derniers repas de condamnés à mort américains, pour certains tristement célèbres, comme Ted Bundy ou John Wayne Gacy. Il l'a intitulée No seconds et elle lui a été inspirée par la décision de l'Etat du Texas de supprimer cette tradition du dernier repas.


"In my photography I have been fascinated by the mix of the mundane and the extraordinary. So I while was reading about efforts to stop the Last Meal tradition in Texas it sparked my interest. In the most unnatural moment there is (state sponsored death) what kind of requests for food had been made ?
In New Zealand (where I'm from), and in fact nearly any where else in the developed world, the Death Penalty is just not even in the conversation. It is a remnant of an earlier era. This little bit of civility, "hey we are going to kill you but what would you like to eat ?" just jumped off the page.
I felt it could be a really interesting idea to try to represent visually. Researching this topic strangely personalized these people for me and for a moment was able to identify with them through the common denominator of food."
Henry Hargreaves 






Madison ave-hue


Quoi de mieux qu'un petit flacon de vernis Essie gai et brillant pour voir la vie en rose ?
Ce n'est certes pas un voyage à New-York, mais ça aide à garder le sourire après les vacances de Pâques, en attendant les jours fériés du mois de mai...









samedi 26 avril 2014

Rihanna pour Vogue Brasil






Plus sexy que jamais, Riri fait la couverture du numéro de mai de Vogue Brasil. Il fallait bien deux unes pour fêter ça !












The Engagement / Chloe Hooper

Fiançailles
Chloe Hooper
2012



Avec Fiançailles, la romancière Chloe Hooper nous plonge dans une Australie très inquiétante, bien loin des mignons petits koalas.

Liese Campbell est une Anglaise qui travaille à Melbourne dans l'agence immobilière de son oncle. Elle rencontre Alexander Colquhoun, un fermier fortuné à la séduction maladroite et un peu mystérieuse, en lui faisant visiter des appartements en ville. Jeune femme sans attache et ayant quelques dettes à solder, Liese décide de joindre l'utile à l'agréable en couchant avec cet homme qui l'attire pour de l'argent. De leurs rendez-vous dans des appartements à vendre encore remplis des vies d'inconnus se noue une relation où fantasmes et réalités se disputent le terrain. Liese se glisse ainsi dans la peau de la prostituée accomplie et le récit imaginaire de ses ébats tarifés mêlés d'éléments de son existence réelle pimente ses ébats avec Alexander. L'échange d'argent règle ici la question de l'attachement et permet au désir de ne jamais déborder le cadre des rencontres immobilières - du moins Liese a-t-elle la naïveté de le croire. Lorsqu'elle annonce à Alexander qu'elle va très prochainement quitter le pays, ce dernier lui propose une forte somme pour passer ensemble un dernier week-end dans sa ferme. Elle accepte et dans cette vieille demeure délabrée et fantomatique perdue dans le bush australien, où le mot sauvage prend tout à coup tout son sens, Liese se retrouve prise au piège avec un homme dont elle s'aperçoit brutalement qu'elle ignore tout. Le huis-clos devient très vite étouffant à mesure que l'angoisse et la tension montent, mais notre apprentie prostituée reste toujours assez lucide, de façon parfois même remarquable si l'on tient compte de la situation terrifiante dans laquelle elle se trouve. Mais la pauvre rate une belle occasion de s'échapper parce qu'elle est incapable de conduire une voiture à boîte manuelle, ce qui est hilarant pour toute Française titulaire du petit papillon rose...

J'ai trouvé Fiançailles au pied du sapin le matin de Noël (allez donc savoir pourquoi j'ai pu inspirer un tel choix au Père Noël...) et c'est plutôt un bon roman même si la fin, que je tairai bien sûr ici, est décevante. Dans l'entre-deux, elle relève selon moi de la difficulté de Chloe Hooper à assumer certains choix. Si en effet la peinture psychologique de ses personnages est excellente, de même que l'ambiance à couper au couteau de cette ferme australienne, l'auteur cultive cette veine plus "intello" et refuse manifestement de voir son livre basculer dans le thriller plus classique, ce qui nuit malheureusement beaucoup à l'attrait de l'intrigue sur le long terme. Hooper a sans doute voulu éviter les poncifs du genre là où il aurait été beaucoup plus intéressant de les affronter. Il n'en reste pas moins que les motivations d'une femme éduquée, indépendante et socialement bien insérée à se prostituer sont extrêmement bien développées, avec finesse et justesse. On est très loin, et c'est tant mieux, du pathétique Jeune & jolie de François Ozon, sorti sur les écrans en août dernier. Chloe Hooper a su faire de Liese un personnage riche, qui habite le roman et évolue tout au long de l'intrigue.
"Dans les plaines du Norfolk, le vent vous en voulait personnellement,  - il essayait de s'insinuer jusque dans votre cerveau, de vous faire renoncer."   p. 89.

dimanche 13 avril 2014

Profondo rosso / Surnatural Orchestra

Profondo Rosso
Film de Dario Argento
Italie, 1975.

Ciné-spectacle du collectif
Surnatural Orchestra
à la Maison de la Musique de Nanterre
le 23 mars 2014
dans le cadre du festival Banlieues Bleues.




Fanny Menegoz (flûtes, voix), Clea Torales (flûte), Adrien Amey (sax soprano, MS20), Baptiste Bouquin (saxes alto, soprano), Jeannot Salvatori (sax alto), Robin Fincker (sax ténor), Nicolas Stephan (sax ténor), Fabrice Theuillon (sax baryton, effets), Julien Rousseau (trompette), Antoine Berjeaut (trompette), François Roche-Juarez (trombone), Hanno Baumfelder (trombone), Judith Wekstein (trombone basse), Boris Boublil (claviers, piano), Guillaume Magne (Julien Omé) (guitare), Laurent Géhant (sousaphone), Antonin Leymarie (batterie), Maxence Tual (comédien), Anne Palomeres (danseuse), Katia Petrowick (Chorégraphie) Zak Cammoun (son), Damien Christea (lumière).

Dans le cadre du formidable festival Banlieues Bleues (formidable, même s'il n'y avait aucun concert à Montreuil cette année...), la Maison de la Musique de Nanterre accueille un ciné-spectacle assez jubilatoire, rencontre entre Dario Argento et Surnaturel Orchestra, big band parisien. La partition proposée, largement influencée par Ennio Morricone et Nino Rota, accompagne avec bonheur l'oeuvre d'Argento, à laquelle elle redonne modernité et dynamisme. Mais néanmoins, ce film, petit bijou du baroque d'épouvante italien, se suffit à lui-même.

Sorti en 1975, Profondo rosso, bêtement traduit en français par Les frissons de l'angoisse, a une esthétique intemporelle, multiple et bourrée de références. Dans un Milan aussi désert que les bords du Tibre du Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica, l'antiquité  côtoie un théâtre à l'italienne nimbé de spiritisme, un appartement à la décoration japonisante, un autre qui semble tout droit sorti d'une oeuvre d'Otto Dix et le fameux Nighthawks d'Edward Hopper. Témoin d'un meurtre mystérieux, un pianiste enquête sur une affaire aux ramifications anciennes. De cadavres en cadavres, le rouge profond crevant l'écran, il finit par arriver dans une incroyable maison Art Nouveau en ruines de la région romaine, à la fois somptueuse, excessive et improbable. La vérité effrayante le ramène alors à l'enfance et à la figure de la mère, dans un jeu de miroirs et d'apparences, où salle de bain, mère abusive et relation filiale pathologique renvoient à Hitchcock.



La musique accompagne les scènes et se substitue parfois aux dialogues et aux sous-titres, présents par intermittence selon l'intérêt narratif. Le côté résolument baroque du film est renforcé par la présence de cet orchestre vif et dissipé. J'ai adoré la projection, sans doute avant tout parce que j'ai adoré Profondo rosso, mais la musique est toujours bien sentie, très agréable.
Par contre, la présence sur scène d'une danseuse est bien moins heureuse, n'ayant que trop peu de rapport avec l'ensemble. Qui plus est, l'oeil, déjà beaucoup sollicité par l'écran et par les musiciens, ne parvient jamais à la suivre et la pauvre semble de trop.
Les interventions d'un comédien sont quant à elles bien mieux intégrées à l'ensemble, apportant un autre regard, une mise en perspective. Il figure un universitaire venu commenter la projection, et maladroitement, et avec néanmoins une bonne dose de pédanterie. Sous couvert de drôlerie, il cite Argento expliquant avec beaucoup de sensibilité que c'est le cinéma, le fait de faire ses propres films, qui lui a permis de vivre, d'avoir une famille, des enfants, etc. J'ai trouvé ça très beau. Et au fur et à mesure de la projection, le propos se fait plus grave, rappelant que l'Italie des années 1970 a pu être authentiquement profondo rosso, jusqu'à convoquer le spectre de Pasolini, mort assassiné justement en 1975. La lecture du procès-verbal de son autopsie surpasse en horreur tout ce qu'avait pu imaginer Argento.

vendredi 11 avril 2014

Melancholia

Où vont tous ces enfant dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu: -Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes !
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu; qui tue, oeuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les coeurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !


Victor Hugo
Melancholia (extrait)
in  Les Contemplations, 1856.

Suzanne




Suzanne takes you down to her place near the river
You can hear the boats go by
You can spend the night beside her...

lundi 7 avril 2014

Une nuit à la présidence

Une nuit à la présidence


Texte et mise en scène: Jean-Louis Martinelli
A partir d'improvisations et avec la contribution d'Aminata Traoré

Musique: Ray Léma
Avec: Bil Aka Kora, Malou Christiane Bambara, K. Urbain Guiguemde, Nicolas Pirson, Nongodo Ouedraogo, Odile Sankara, Moussa Sanou, Blandine Yameogo, Wendy, Jeannette Gomis.

Théâtre Nanterre-Amandiers
Du 7 au 30 mars 2014



Une nuit à la présidence est la dernière mise en scène de Jean-Louis Martinelli au théâtre des Amandiers à Nanterre. Cette décennie (et plus encore !) passée à la tête de ce fleuron du théâtre public aura été riche de magnifiques spectacles qui restent dans les mémoires. Si pour des raisons liées strictement à mon histoire personnelle et aussi éloignées que possible de toutes considérations artistiques, je n'ai presque plus fréquenté Les Amandiers ces cinq dernières années, j'y ai connu mes meilleurs moments de théâtre, et de très loin. Dommage alors que Martinelli nous quitte sur un spectacle en demi-teinte, riche d'indéniables qualités, mais dont la fin est bien décevante et sans émotion pour un tel adieu.

Pour cette dernière création, Martinelli a poursuivi un travail amorcé de longue date avec une troupe de comédiens du Burkina-Faso, et notamment Moussa Sanou.
"L'été 2001, quelques mois avant de prendre la direction du Théâtre Nanterre-Amandiers, j'effectue mon premier séjour au Burkina-Faso."
Leur collaboration récente, articulée autour d'un important travail d'improvisations, a débouché sur ce spectacle mêlant comédiens, chanteurs et musiciens.
"Nous avons décidé d'écrire notre vrai-faux procès du capitalisme financier. [...] à l'heure de la mondialisation, l'Afrique apparaît comme un véritable révélateur de ce que le capitalisme financier est à même de mettre en œuvre de plus terrible et de plus cynique sur notre planète."
Jean-Louis Martinelli, janvier 2014. 

Le spectacle commence de façon tonitruante dans un très beau salon d'un palais présidentiel africain. Le Président et Madame reçoivent un investisseur européen avec lequel ils espèrent conclure de juteux contrats concernant l'exploitation des ressources minières du pays. Pour distraire leur hôte et briller au vernis si évident de la promotion culturelle, le couple a fait venir un groupe de jeunes artistes, musiciens et chanteurs. Mais de la confrontation avec cette jeunesse durement éprouvée et déjà désabusée, une certaine réalité africaine va émerger, bien moins tranquille évidemment que l'image lisse souhaitée par le président. A travers chants, traits d'humour acides et jeux de mots remplis d'à propos, surgissent la misère et l'exploitation: les enfants livrés à eux-mêmes (ou pire, aux adultes...), les prostituées malades, les paysans spoliés et les diplômés sans avenir et sans pain. Des mirages de l'émigration aux rapaces occidentaux et chinois en passant par les élites locales corrompues, on est ému mais on rit beaucoup à cette farce caustique où, contrairement aux deux canapés du décor qui se font face, nul n'est tout blanc ou tout noir.



"Européen, sors de ton bain
L'Afrique d'aujourd'hui c'est l'Europe de demain."

Les personnages, à la fois touchants et opportunistes, victimes d'une société impitoyable mais potentiellement bourreaux d'occasion, mettent parfaitement en lumière la situation très complexe de l'Afrique contemporaine. J'ai particulièrement apprécié la Présidente, pétrie de ridicule et de drôlerie. [Message personnel: Attention Aïda-Wade, si tu n'y prends pas garde, tu pourrais bien finir comme ça...] Et le moment où le groupe se met à chanter le We are the world de Michael Jackson et Lionel Richie en chinois est hilarant !

Malheureusement, le dernier tiers du spectacle tombe brutalement dans les clichés et le pathos avec l'arrivée de la ministre intellectuelle, incorruptible et sacrément donneuse de leçons incarnée par Odile Sankara. Les poncifs d'une Afrique qui ne serait que victime se succèdent et le spectateur s'ennuie ferme. Oui, les Africains aussi sont morts dans les grands conflits mondiaux du XXème siècle; non, ils n'en ont pas sauvé l'Europe pour autant. Oui, convoquer la figure de Thomas Sankara est toujours assez pertinent lorsqu'il s'agit d'évoquer la question de la dette; mais n'avancer qu'un homme mort il y a près de 30 ans pour illustrer l'Afrique contemporaine, voici qui laisse sur sa faim. D'autant que Martinelli avait déjà travaillé sur l'homme politique burkinabé assassiné en 1987 dans Mitterand et Sankara, une pièce de Jacques Jouet, que j'avais vue montée aux Amandiers début 2008, avec déjà Odile Sankara et Moussa Sanou. Rien de bien nouveau sous le soleil six ans plus tard...

"Nous sommes étrangers à la dette,
Nous ne pouvons donc pas la payer."

L'impression pesante et artificielle laissée par cette fin décevante abîme beaucoup la perception finale d'un spectacle qui avait pourtant si bien commencé. Dommage vraiment...
Bon vent et merci Monsieur Martinelli !





mardi 1 avril 2014

Humans of New York / Brandon Stanton

Humans of New York est le blog d'un jeune photographe américain, Brandon Stanton.


Saturday 22 March 2014.
BREAKING: Young entrepreneurs discovered on Lefferts Place, between Classon and Grand. By employing aggressively low price points, these titans of industry have competitively positioned themselves in the nail painting industry. However, “customers aren’t coming,” most likely due to the flagging economy and unrest in Eastern Europe. However, there is still time for things to turn around. The business will remain open until 6 PM, “if it’s OK with Grandma.”


Il regorge de portraits de New-yorkais de tous les âges et de tous les milieux, des plus extravagants aux plus traditionnels.
Et chaque cliché est accompagné d'un petit texte, racontant l'histoire de la personne ou de la photo, ou tout simplement d'une petite phrase échangée au moment de presser le déclencheur.
Stanton nous livre un regard parfois interloqué mais toujours bienveillant sur la population cosmopolite de la Grosse Pomme.
Une vision plutôt tendre.


Wednesday 12 February 2014.
"My mom died when I was sixteen from cirrhosis of the liver. She had a really bad drinking problem, but I don’t blame her, because she had an addiction problem and was dealing with the pressure of being a single mother— my dad left the family when I was two. But my mom overcompensated for the guilt of drinking by spoiling me. And because she always gave me what I wanted, I’m finding it difficult to develop drive late in life."
"Wow, you’re introspective."
"Yeah, therapy is going well."