samedi 28 décembre 2013

La Vénus à la fourrure

La Vénus à la fourrure


Réalisation: Roman Polanski
France, 2013.


D'après la pièce de David Ives, Venus in Furs,
elle-même adaptée du roman de Leopold von Sacher-Masoch, Venus im Pelz.


Avec: Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric.




Avec ce huis clos très théâtral (unité de lieu, de temps et d'action), réunissant une nuit un dramaturge metteur en scène auditionnant au pied levé une comédienne arrivée très en retard aux auditions, Roman Polanski réussit un film qui ne cesse de se jouer des apparences, exactement comme le théâtre. La fameuse fourrure n'est d'ailleurs jamais qu'une grande écharpe de laine...

Entre rêve et réalité, Polanski place d’emblée son petit théâtre dans un Paris désert, presque fantomatique, balayé par un interminable orage. Qui est cette comédienne versatile, exceptionnellement douée, trop bien renseignée et si conforme finalement aux attentes les plus secrètes du dramaturge et de l'homme ? Est-elle seulement réelle ? Une femme de théâtre, la déesse Vénus en personne ou le fantasme mal assumé de l'intellectuel ? Comme au théâtre, on joue sans cesse entre une réalité recréée, le fantastique et le psychisme incarné, et jamais Polanski ne lève le voile.

La relation entre le metteur en scène et l'actrice devient elle aussi de plus en plus floue. Les personnages de la pièce répétée gagnent peu à peu du terrain sur les comédiens. Qui incarne ? Qui est incarné ? Les jeux sado-masochistes semblent remplacer peu à peu les jeux d'acteurs. Comme chez Sacher-Masoch, les rapports de force se mêlent, se superposent et s'inversent. Tout devient enjeux de pouvoir, l'attirance et le sexe bien sûr, l'aisance financière, mais aussi la culture et l'éducation; ce dernier point étant traité de façon tout à fait brillante selon moi.


Il me semble que pour qui aime le théâtre, cette fable, qui donne des clefs pour les dissimuler tout aussitôt, est forcément savoureuse. Le dynamisme et la constance de jeu d'Emmanuelle Seigner et de Mathieu Amalric, tous deux magnifiques, permettent d'éviter la baisse de rythme qui mène à l'ennui, principal écueil du huis clos en général.
Une vision intéressante et renouvelée des obsessions de Polanski.

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