mardi 12 novembre 2013

La Taverne Münchausen

La Taverne Münchausen
Joutes verbieuses et improvisations façon 18ème siècle


Compagnie des femmes à barbe

Mise en scène: Gwen Aduh.
Avec: Gwen Aduh, Miren Pradier, Lula Hugot, Stanislas Hilairet, Pépito Matéo, Aurélie de Cazanove.
Costumes: Aurélie de Cazanove.


106 rue Brancion, Paris 15ème
5 & 6 novembre 2013,
du 12 au 14 décembre 2013,
du 4 au 7 juin 2014.


Avec un match d'improvisations aux allures d'un jeu de salon du XVIIIème siècle, la Compagnie des femmes à barbe nous propose un spectacle très drôle, souvent caustique et toujours surprenant.



Grimés (et le côté déguisement paraît franchement assumé...) en aristocrates du siècle des Lumières, quatre personnages, deux hommes et deux femmes sont attablés dans une taverne où une petite servante leur apporte des verres. Comme s'ils étaient eux-aussi les convives du lieu, les spectateurs sont installés tout autour des acteurs et peuvent manger et boire s'ils le souhaitent, comme au cabaret. Qui pour gagner une forte somme d'argent, qui pour sauver sa tête, nos quatre personnages doivent conter - et convaincre. Un monsieur loyal intransigeant leur propose chacun leur tour un sujet à partir duquel ils doivent bâtir une histoire. "Raconter comment, grâce à vous... ou à cause de vous..."; s'en suit un événement incluant des personnages représentatifs du XVIIIème siècle: le roi, les frères Montgolfier... Les causeurs sont évalués sur la pertinence de leur récit, son originalité, sa drôlerie, le temps mis à arriver à la conclusion et la capacité à rebondir sur les interventions des autres convives. Les incohérences, les maladresses et les grivoiseries sont sanctionnées.
Lors de la première partie du spectacle, le maître de cérémonie propose les accroches aux conteurs, mais lors de la seconde partie, ce sont les spectateurs qui notent leurs idées sur de petits morceaux de papiers qui sont placés dans un panier puis tirés au sort.
"Racontez comment, à cause de vous, la dauphine Marie-Antoinette a mangé du porridge au miel en lieu et place d'une pièce montée."
Oui, j'avais très envie d'un dessert au moment de remplir mon petit papier, dessert d'ailleurs que je me suis empressée d'aller acheter durant l'entracte...



Si pour le spectateur, cette charmante mascarade de mythomanes esthètes  prêts à tout sacrifier pour un bon mot (passion française s'il en est !) est un pur délice d'humour et de délicatesse, pour les comédiens, le travail doit être colossal - mais passionnant ! Mon ami Orélien Péréol m'a fait remarquer la construction complexe de chaque histoire sous un vernis de pure spontanéité. Qui plus est, les péripéties des différentes narrations rebondissent les unes sur les autres avec subtilité, créant chez le spectateur des évocations à court terme qui lui donnent le sentiment d'habiter ce XVIIIème siècle de mensonges et de vérités. L'élaboration de personnages aussi loufoques que cohérents est également remarquable: vraie-fausse comtesse vénéneuse, marquise folle-dingue, aventurier de pacotille et séducteur d'antichambres sentant l'humidité. Un régal !  Le personnage de maître de cérémonie incarné par Gwen Aduh, avec son esprit moqueur ultra réactif et sa belle élégance, m'a totalement charmée, moi qui aime tant les histoires pour m'endormir...

Le spectacle se jouera à plusieurs reprises d'ici la fin de la saison et sera bien sûr chaque soir différent. Courez-y !

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