mardi 19 novembre 2013

King Lear 2.0

King Lear 2.0

Texte: Jean-Marie Piemme
Mise en scène: Raven Ruëll

Interprétation: Berdine Nusselder

Scénographie: Giovanni Vanhœnacker
Créateur son: Simon Halsberghe
Musique: Niels Vanherpe



Choisy-le-Roi
7 & 8 novembre 2013.


Reprenant en toile de fond la fameuse tragédie shakespearienne, Jean-Marie Piemme nous raconte une histoire à une voix et en trois temps, par le biais d'une jeune femme seule en scène dans un décor de toute beauté. L'espace se dévoile peu à peu, tout comme la comédienne, qui abandonne son survêtement protecteur pour une robe plus légère qui la met presque à nu.

Cette très jeune femme est la fille du bouffon du roi Lear. Plus jeune, honteuse du métier de son père et ne supportant plus son acceptation des humiliations quotidiennes, elle a quitté le pays, oublieuse du passé, pour se lancer dans une carrière de chanteuse. Mais des événements tragiques ayant déchiré le pays et restant sans nouvelles de son père, elle rentre pour tenter de le retrouver et peut-être même de le comprendre. Cette première partie, avec cette fille en colère en quête de père, d'origines et d'explications que l'on devine déjà vaines, m'a beaucoup plu. J'ai trouvé cette approche détournée pleine d'intensité: aborder la tragédie familiale en interrogeant d'autres rapports filiaux était une bonne idée.
Dans une deuxième partie, pour éclairer son histoire personnelle et celle de son pays, la fille du bouffon nous raconte l'épopée déchirante du vieux roi Lear, qu'elle déteste, et de ses filles. J'aime Shakespeare et toute évocation de son œuvre fonctionne immédiatement sur moi; je bois les paroles, le souffle coupé par les péripéties aussi extraordinaires que terrifiantes.
Malheureusement, la troisième et dernière partie du spectacle m'a nettement moins convaincue. De retour dans un pays ravagé par la guerre civile et par des troupes d'occupation, la fille du bouffon dessine sans finesse des comparaisons avec le monde contemporain, Irak, Afghanistan, etc. Cette actualisation sonne comme un passage obligé et les arguments déployés ne dépassant pas la dissertation de fin de collège, ils apparaissent bien ternes face à la profondeur shakespearienne.

Tout comme la pièce L'odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux, que j'avais vue la saison dernière au Monfort et qui s'inspirait de Macbeth, la création de Jean-Marie Piemme ne tient pas la comparaison avec l'œuvre originale et les évocations contemporaines paraissent de ce fait bien fades. Elles sont cependant heureusement relevées par la belle performance de Berdine Nusselder, comédienne intense et envoûtante dans cette pièce qu'elle porte de part en part.




Mais King Lear 2.0 donne néanmoins une vraie nostalgie...
Pourquoi ne pas monter Shakespeare avec de vrais partis pris de mise en scène plutôt que de tenter de le réécrire ?

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