dimanche 17 novembre 2013

Anne Sofie von Otter et l'orchestre philharmonique de Radio France / Salle Pleyel / Kurt Weill

L'orchestre philharmonique de Radio France
Myung-Whun Chung, directeur musical
HK Gruber, direction
Hélène Collerette, violon solo

Anne Sofie von Otter,
mezzo-soprano

David Lefort et Robert Getchell, ténors
Jean-Christophe Jacques, baryton
Geoffroy Buffière, basse


Salle Pleyel
Vendredi 15 novembre 2013


Je ne suis pas très familière des salles de concert et venir Salle Pleyel pour la deuxième fois seulement avait des allures de petit événement, d'autant qu'on croise toute sorte de gens dans les très beaux quartiers de Paris, comme une Laure Adler décidément très très blonde dans la nuit de novembre.

Mais la blonde héroïne de Pleyel ce vendredi soir était sans conteste Anne Sofie von Otter, aussi belle que talentueuse pour cette soirée consacrée au compositeur allemand Kurt Weil.


Les sept péchés capitaux

Ballet chanté en neuf scènes sur un livret de Bertolt Brecht, composé en avril-mai 1933, créé le 7 juin 1933 au théâtre des Champs-Elysées par Lotte Lenya, Tilly Losch et l'orchestre symphonique de Paris sous la direction de Maurice Abravanel.
" En mars 1933, Kurt Weill fuit Berlin après l'incendie du Reichstag. [Il est] accueilli à Paris [...]
En avril 1933, Brecht rédige un argument pour un ballet chanté puis Weill, en moins de trois semaines, compose une partition pour accompagner le texte de son collaborateur attitré depuis 1927. Le ballet avec chants Les sept péchés capitaux est créé dans une mise en scène d'Edward James et avec les décors et les costumes de Caspar Neher, collaborateur habituel de Brecht et Weill à Berlin.
La réaction du public parisien a été assez mitigée, pour ne pas dire hostile [...] Les deux artistes proposent une vision sombre et grinçante de la société capitaliste américaine à travers l'errance de deux sœurs, Anna I et Anna II, qui sont en réalité un seul et même personnage scindé en deux, corps et conscience. Anna I, rôle chanté sur scène, incarne la jeune fille soumise à l'ordre bourgeois tandis qu'Anna II, rôle dansé, incarne la femme en proie à des passions condamnées par la morale. Les deux rôles sont chantés en version de concert par la même interprète. Après un court prologue, la pièce montre le parcours d'Anna de sa Louisiane natale vers San Francisco en sept étapes, correspondant chacune à un péché capital. Un chœur à quatre voix, représentant la famille, ponctue la pièce de ses commentaires sur les tribulations d'Anna dans les villes américaines jusqu'à son retour en Louisiane, évoqué dans un bref épilogue."
Wer dem Unrecht in den Arm fällt, den will man irgendwo haben, und wer über die Roheit in Zorn gerät, der lasse sich gleich begraben.
Wer keine Gemeinheit duldet, wie soll der geduldet werden ?
Wer da nichts verschuldet, der sühnt auf Erden.
Anna I, Zorn.


Ces morceaux étaient effectivement empreints d'une noirceur et d'une gravité certaines, de celles-là même qui marquent rétrospectivement l'année 1933.




La seconde partie du concert, reprenant notamment des morceaux créés à Broadway et devenus pour certains des standards populaires, avait une connotation beaucoup plus légère.


Petite musique de Quat'sous

Composée en décembre 1928, créée le 7 février 1929 au Staatsoper de Berlin par Otto Klemperer.
"Inspiré par la pièce de John Gray, L'Opéra des Gueux (1728), L'Opéra de Quat'sous met en scène les amours de Mackie Messer avec la jeune Polly Peachum, fille du chef des mendiants de Londres. Transposée dans l'Angleterre victorienne, la pièce présente une critique de la société capitaliste, une société où l'assassin le plus redoutable, Mackie, amant d'une prostituée, Jenny, est l'ami du chef de la police, Brown, et où les misérables sont l'enjeu de rapports de force économiques et politiques. Kurt Weill, de son côté, militait pour la démocratisation de la musique, et son ambition fut réalisée en grande partie avec L'Opéra de Quat'sous, dont le succès en 1928 fut extraordinaire: l'opéra de Brecht et Weill fut représenté deux-cent cinquante fois et ses numéros les plus célèbres, dont la fameuse "Ballade de Mackie Messer", connurent rapidement une large diffusion. Le public fut séduit par ces songs au ton si particulier et immédiatement identifiable, Weill réalisant une synthèse entre un style classique parodiant souvent Haendel et les influences du jazz et des danses populaires (valse, tango, fox-trot). Des enregistrements nombreux et des éditions séparées des différents songs dès 1928-1929 furent suivis par une double version cinématographique, française et allemande, réalisée par le grand metteur en scène G.W. Pabst en 1930-1931, ce qui assura une notoriété européenne au duo Weill-Brecht. Devant un tel engouement, Weill, soucieux de conserver un certain contrôle sur les adaptations en tout genre qui fleurissaient alors, décida en décembre 1928 de composer son propre arrangement de L'Opéra de Quat'sous. Sous le nom de Petite musique de Quat'sous, il réalisa une adaptation pour un orchestre d'instruments à vent en huit numéros. De facture tout à la fois populaire et classicisante, cette "Petite musique" reprend les morceaux les plus connus de l'opéra, notamment la "Ballade de Mackie Messer" et le "Kanonen-Song"."

Surabaya Johnny

Extrait de Happy End, comédie musicale de Bertolt Brecht et Elisabeth Hauptmann, créée à Berlin le 2 septembre 1929 (version allemande) et à Broadway le 7 mai 1977 (version américaine.)
"En 1929, après le succès de L'Opéra de Quat'sous, Brecht et Weill renouvellent leur collaboration pour la composition d'une comédie musicale: l'action se situe à Chicago, dans le milieu de la pègre, que dirige la "Dame en gris" et son acolyte Bill Cracker. Bill est chargé d'assassiner le Gouverneur mais il rencontre dans la rue un groupe de l'Armée du Salut qui tente de remettre les gangsters dans le droit chemin. Parmi les membres de ce groupe, une jeune femme, Lilian, tombe sous le charme de Bill et tente de le séduire. Tandis qu'elle est chassée de l'Armée du Salut, Bill est emprisonné pour meurtre. A sa sortie de prison, il retrouve ses complices et projette d'attaquer une banque. Déçue dans son amour alors qu'elle espérait convertir Bill au bien, Lilian confie son désarroi à l'acte III, dans le song Surabaya Johnny, l'un des plus célèbres de Weill."
Du sagtest viel, Johnny
Kein Wort war wahr, Johnny,
in der ersten Stund
Ich hasse dich so, Johnny
Wie du da stehst und grinst, Johnny ?


I am a stranger here myself
Speak low

Extraits de la comédie musicale One Touch of Venus, créée le 7 octobre 1943 à New York, Imperial Theatre, dans une mise en scène d'Elia Kazan et sous la direction musicale de Maurice Abravanel.
"La comédie musicale One Touch of Venus connut un grand succès à Broadway, où elle fut jouée de 1943 à 1945 avant d'être adaptée au cinéma en 1948, dans un film où figurait Ava Gardner. La pièce, librement inspirée du mythe de Pygmalion et de La Vénus d'Ille de Mérimée, représente au premier acte le désarroi de personnages contemporains devant une statue de Vénus retrouvée par les archéologues et qui prend miraculeusement vie quand le coiffeur Rodney Hatch lui passe au doigt la bague destinée à sa fiancée. Rodney s'étant enfui devant ce prodige et refusant d'abord les propositions de Vénus, celle-ci s'interroge sur l'amour et s'étonne des changements qu'il a subis depuis trois mille ans ("I am a stranger here myself"). A l'issue de plusieurs péripéties, Vénus et Rodney finissent par se rejoindre et s'embrassent après que la statue, seule avec son "fiancé", l'a enjoint à profiter du moment et de l'occasion ("Speak low", air qui est devenu un standard de jazz et qui a été repris dans les années 1950 par Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Chet Baker et Bill Evans)."
I dream of a day
Of a gay warm day
With my face between his hands.
Have I missed the path ?
Have I gone astray ?
I ask and no one understands
I am a stranger here myself 


The Saga of Jenny


Extrait de Lady in the Dark, comédie musicale en deux actes de Moss Hart et Ira Gershwin, créée le 23 janvier 1941 à New York, Alvin Theater, sous la direction de Maurice Abravanel.
"Immortalisée par l'actrice Gertrude Lawrence, puis par Ginger Rogers dans le film hollywoodien Lady in the Dark (1944), The Saga of Jenny est interprétée par l'héroïne Liza Elliott à l'acte II, dans une des trois séquences oniriques qui scandent la comédie musicale. L'intrigue en est simple: une jeune femme, directrice d'un magazine de mode, n'est pas heureuse et, après deux divorces, ne parvient toujours pas à trouver l'homme qui lui conviendrait. Lors de séances de psychanalyse menées avec le docteur Brooks, elle plonge dans ses souvenirs pour tenter de trouver l'origine de son insatisfaction en remontant jusqu'à son enfance. Les souvenirs alternent avec des rêves, dont l'un se déroule dans un cirque qui se transforme en tribunal: Liza exécute alors un song teinté d'humour, racontant l'histoire de Jenny, dont toute l'existence fut marquée par des malheurs causés par son caractère et par sa volonté de prendre des décisions définitives. Moralité du song: "Don't make up your mind" (Ne prenez pas de décisions)."
Jenny made her mind up at twenty-two
To get herself a husband was the thing to do.
She got herself all dolled up in her satins and furs
And she got herself a husband - but he wasn't hers.



La voix classique d'Anne Sofie von Otter fonctionne également à merveille sur les airs plus jazzy venus de Broadway.

Une magnifique soirée, vraiment !












Les passages entre guillemets sont issus du livret et Christophe CORBIER en est l'auteur.

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