vendredi 29 novembre 2013

Paris, c'est une blonde

... comme le chantait Mistinguett dans Ça c'est Paris.

Depuis des décennies, la ville lumière est le sujet de nombre de chansons, en France comme à l'étranger.
J'aime beaucoup J'ai deux amours de Josephine, Sous le ciel de Paris, immortalisé par Edith, le Paris de Marc Lavoine, très réussi, et Loin de Paname, une bluette rétro interprétée par Nora Arnezeder, à laquelle je suis très attachée car elle passait en boucle à la radio l'été où je me suis installée à Paris.

Mais s'il fallait ne choisir que deux chansons, ce serait cette interprétation de Montand, à nulle autre pareille...




... et ce titre d'Enrico Macias que me chantait très souvent ma Mamie, sans savoir le côté prophétique qu'il revêtirait un jour pour moi.

jeudi 28 novembre 2013

Salò o le 120 giornate di Sodoma

Salò ou les 120 journées de Sodome


Réalisation: Pier Paolo Pasolini
Italie-France, 1975


D'après Les cent vingt journées de Sodome du Marquis de Sade


Avec: Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Umberto Paolo Quintavalle, Aldo Valletti, Caterina Boratto, Hélène Surgère, Sonia Saviange, Elsa De Giorgi, Ines Pellegrini, etc.




Dans la république de Salò (qui porte bien son nom comme disait mon prof d'histoire de 3ème), enclave fasciste dans laquelle Mussolini s'illusionne en feignant de ne pas attendre sa chute, quatre bourgeois, notables du régime pourrissant, enlèvent neuf jeunes hommes et neuf jeunes filles et les enferment dans une grande villa afin de satisfaire fantasmes, pulsions... Les mots manquent un peu à vrai dire.

Catherine Breillat.


J'ai assisté à une séance à la cinémathèque, où le film était présenté par la cinéaste Catherine Breillat. Au moment où les lumières se sont éteintes, j'ai entendu des gens se souhaiter bonne chance. Non sans raison.

Si ce n'est répéter que le film est très violent, sans forcément en montrer tant que ça d'ailleurs, et que le spectateur reste agrippé à son siège terrassé par un sentiment de malaise, je ne sais pas trop quoi ajouter. Je ne suis pas sûre de comprendre ce que Pasolini a voulu démontrer à travers cette oeuvre qui s'est avérée être sa dernière. Le sexe n'est pas ici synonyme de liberté, comme c'est souvent le cas dans les années 1970, mais au contraire de l'asservissement le plus complet, puisqu'il nie aux êtres leur humanité jusqu'à en faire des objets. Le parallèle avec le fascisme trouve ainsi du sens, mais il est cependant critiqué dès la sortie du film, notamment par Roland Barthes, dans un article publié dans Le Monde en juin 1976 et intitulé Sade-Pasolini. Barthes estime en effet particulièrement dangereux de mêler sadisme et fascisme: "Tout ce qui irréalise le fascisme est mauvais; et tout ce qui réalise Sade est mauvais." Peut-être que l'extrême malaise vient de là et que c'est la raison pour laquelle le dégoût n'est jamais dépassé.


Salò ou les 120 journées de Sodome est donc resté pour moi du domaine de l'expérience, presque au sens de la transgression. Il m'a été impossible de penser le film.

Pier Paolo Pasolini a été assassiné à Ostie le 1er novembre 1975, avant la sortie du film. Un article de Cécile Collette, publié dans le numéro d'octobre de Vanity Fair et intitulé Le théorème irrésolu de Pasolini, revient sur les circonstances du crime et sur l'enquête.

jeudi 21 novembre 2013

Ronsard MP3

Ronsard a eu évidemment une influence considérable sur la poésie occidentale, mais également sur nombre de chansons qui se sont emparées avidement du thème de la rose, le revisitant à l'envie sans jamais vraiment rien inventer depuis 1545.

Mignonnes et mignons, allons voir ces jolies chansons...

Il y a bien sûr Ronsard 58 de Gainsbourg et Ronsard 96 de Dany Brillant, hommages on ne peut plus clairs de deux messieurs un peu amers qui comptent sur les outrages du temps pour les venger d'une belle indifférente.
Mais nous retrouvons également Tino (oui, Rossi, qui n'a pas chanté que Petit Papa Noël...) avec Tchi, tchi, où il enjoint "Catalinetta Bella" de profiter de ses 16 ans.
Et je ne doute pas qu'on puisse encore trouver des dizaines de chansons sur une thématique analogue...

Mais mes deux préférées restent incontestablement Mon amie la rose de Françoise Hardy et Si tu t'imagines de Juliette Gréco, sur un poème de Raymond Queneau.





Cosmos

Cosmos

Compagnie Haut et Court
Adaptation et mise en scène: Joris Mathieu
D'après le roman éponyme de Witold Gombrowicz

Interprétation: Philippe Chareyron, Vincent Hermano, Franck Gazal, Rémi Rauzier, Marion Talotti, Line Wiblé
Scénographie: Nicolas Boudier, Joris Mathieu
Musique: Nicolas Thévenet
Lumières: Nicolas Boudier
Création vidéo: Loïc Bontems, Siedfried Marque

Paris 15ème
Du 12 novembre au 7 décembre 2013.


Longtemps, bien longtemps que je ne m'étais pas autant ennuyée au théâtre... La dernière fois, c'était avant 2008, au théâtre de Gennevilliers, un gars éclairé à la bougie qui déroulait un monologue interminable, le bras et la main positionnés d'une drôle de façon, comme s'il tenait une grosse part de gâteau au fromage imaginaire. Cette seule évocation me faisant frémir d'effroi, j'en ai un peu voulu à Cosmos de me rappeler avec acuité ce douloureux souvenir.

Deux jeunes hommes, peut-être étudiants, vagabondent dans la campagne polonaise, fuyant la grande ville, sans qu'on sache très bien quelle est leur motivation: désœuvrement, tentation du voyage initiatique, fuite d'un conflit familial ou de quelque chose de bien plus grave qu'ils auraient commis. Ils s'installent dans une pension de famille, après avoir observé une femme qui y vit, parente pauvre des propriétaires, qui fascine l'un d'eux par sa bouche déformée par une infirmité, à  la manière de L'homme qui rit de Hugo. On ne sait très vite plus très bien si cette femme existe réellement ou si elle est une sorte de double onirique de la fille de la maison, beauté aux lèvres rouges qui parle très peu. Au fur et à mesure, dans la campagne environnante, des choses et des animaux pendus apparaissent, puis un homme aussi je crois. Les deux voyageurs sont bizarres. Les propriétaires de l'auberge sont bizarres. Ils récitent tous de longs monologues. Et de la suite et de la fin, je ne peux rien dire car j'avais totalement décroché, somnolant doucement ou pensant à mes obligations du lendemain. "Ce serait bien que je prenne cinq minutes pour aller acheter du lait..."

Très vite en effet, le texte m'a ennuyée et je m'en suis désintéressée en un éclair. Mais au début, le décor m'a semblé très beau et très intéressant: un tapis roulant tournant autour du plateau et faisant circuler des personnages immobiles, un écran au centre de la scène permettant de délimiter des espaces en conservant la transparence.
"La recherche scénique propose au spectateur une plongée subjective à travers le prisme d'un dispositif de loupe digital, invitant à une aventure sensorielle et sensible", promet le programme.
Et cependant, quelque chose me dérangeait profondément. Je suis d'une école où on se méfie comme de la peste de tout ce qui pourrait opposer le fond et la forme. La vieille erreur de débutant ! Et de fait, le beau dispositif scénique se dégonfle comme un ballon de baudruche. Multiplier les propositions jusqu'à saturation (une loupe géante, un rideau façon store vénitien...) ne masque évidemment pas un propos décousu.

La pièce se termine.
"Un jour je vous raconterai une autre aventure extraordinaire."
"Et bien ce sera sans moi !" a crié un monsieur et les spectateurs ont beaucoup ri. C'est rare d'ailleurs de ressentir une salle aussi unanime. C'était un peu triste pour les comédiens, mais que faire d'autre si ce n'est rire à cette sortie pleine d'à propos....

mardi 19 novembre 2013

King Lear 2.0

King Lear 2.0

Texte: Jean-Marie Piemme
Mise en scène: Raven Ruëll

Interprétation: Berdine Nusselder

Scénographie: Giovanni Vanhœnacker
Créateur son: Simon Halsberghe
Musique: Niels Vanherpe



Choisy-le-Roi
7 & 8 novembre 2013.


Reprenant en toile de fond la fameuse tragédie shakespearienne, Jean-Marie Piemme nous raconte une histoire à une voix et en trois temps, par le biais d'une jeune femme seule en scène dans un décor de toute beauté. L'espace se dévoile peu à peu, tout comme la comédienne, qui abandonne son survêtement protecteur pour une robe plus légère qui la met presque à nu.

Cette très jeune femme est la fille du bouffon du roi Lear. Plus jeune, honteuse du métier de son père et ne supportant plus son acceptation des humiliations quotidiennes, elle a quitté le pays, oublieuse du passé, pour se lancer dans une carrière de chanteuse. Mais des événements tragiques ayant déchiré le pays et restant sans nouvelles de son père, elle rentre pour tenter de le retrouver et peut-être même de le comprendre. Cette première partie, avec cette fille en colère en quête de père, d'origines et d'explications que l'on devine déjà vaines, m'a beaucoup plu. J'ai trouvé cette approche détournée pleine d'intensité: aborder la tragédie familiale en interrogeant d'autres rapports filiaux était une bonne idée.
Dans une deuxième partie, pour éclairer son histoire personnelle et celle de son pays, la fille du bouffon nous raconte l'épopée déchirante du vieux roi Lear, qu'elle déteste, et de ses filles. J'aime Shakespeare et toute évocation de son œuvre fonctionne immédiatement sur moi; je bois les paroles, le souffle coupé par les péripéties aussi extraordinaires que terrifiantes.
Malheureusement, la troisième et dernière partie du spectacle m'a nettement moins convaincue. De retour dans un pays ravagé par la guerre civile et par des troupes d'occupation, la fille du bouffon dessine sans finesse des comparaisons avec le monde contemporain, Irak, Afghanistan, etc. Cette actualisation sonne comme un passage obligé et les arguments déployés ne dépassant pas la dissertation de fin de collège, ils apparaissent bien ternes face à la profondeur shakespearienne.

Tout comme la pièce L'odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux, que j'avais vue la saison dernière au Monfort et qui s'inspirait de Macbeth, la création de Jean-Marie Piemme ne tient pas la comparaison avec l'œuvre originale et les évocations contemporaines paraissent de ce fait bien fades. Elles sont cependant heureusement relevées par la belle performance de Berdine Nusselder, comédienne intense et envoûtante dans cette pièce qu'elle porte de part en part.




Mais King Lear 2.0 donne néanmoins une vraie nostalgie...
Pourquoi ne pas monter Shakespeare avec de vrais partis pris de mise en scène plutôt que de tenter de le réécrire ?

lundi 18 novembre 2013

Governors Awards

Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos incarnent le charme français à Hollywood.



Adèle en Christian Dior.

Léa en Prada.

dimanche 17 novembre 2013

Anne Sofie von Otter et l'orchestre philharmonique de Radio France / Salle Pleyel / Kurt Weill

L'orchestre philharmonique de Radio France
Myung-Whun Chung, directeur musical
HK Gruber, direction
Hélène Collerette, violon solo

Anne Sofie von Otter,
mezzo-soprano

David Lefort et Robert Getchell, ténors
Jean-Christophe Jacques, baryton
Geoffroy Buffière, basse


Salle Pleyel
Vendredi 15 novembre 2013


Je ne suis pas très familière des salles de concert et venir Salle Pleyel pour la deuxième fois seulement avait des allures de petit événement, d'autant qu'on croise toute sorte de gens dans les très beaux quartiers de Paris, comme une Laure Adler décidément très très blonde dans la nuit de novembre.

Mais la blonde héroïne de Pleyel ce vendredi soir était sans conteste Anne Sofie von Otter, aussi belle que talentueuse pour cette soirée consacrée au compositeur allemand Kurt Weil.


Les sept péchés capitaux

Ballet chanté en neuf scènes sur un livret de Bertolt Brecht, composé en avril-mai 1933, créé le 7 juin 1933 au théâtre des Champs-Elysées par Lotte Lenya, Tilly Losch et l'orchestre symphonique de Paris sous la direction de Maurice Abravanel.
" En mars 1933, Kurt Weill fuit Berlin après l'incendie du Reichstag. [Il est] accueilli à Paris [...]
En avril 1933, Brecht rédige un argument pour un ballet chanté puis Weill, en moins de trois semaines, compose une partition pour accompagner le texte de son collaborateur attitré depuis 1927. Le ballet avec chants Les sept péchés capitaux est créé dans une mise en scène d'Edward James et avec les décors et les costumes de Caspar Neher, collaborateur habituel de Brecht et Weill à Berlin.
La réaction du public parisien a été assez mitigée, pour ne pas dire hostile [...] Les deux artistes proposent une vision sombre et grinçante de la société capitaliste américaine à travers l'errance de deux sœurs, Anna I et Anna II, qui sont en réalité un seul et même personnage scindé en deux, corps et conscience. Anna I, rôle chanté sur scène, incarne la jeune fille soumise à l'ordre bourgeois tandis qu'Anna II, rôle dansé, incarne la femme en proie à des passions condamnées par la morale. Les deux rôles sont chantés en version de concert par la même interprète. Après un court prologue, la pièce montre le parcours d'Anna de sa Louisiane natale vers San Francisco en sept étapes, correspondant chacune à un péché capital. Un chœur à quatre voix, représentant la famille, ponctue la pièce de ses commentaires sur les tribulations d'Anna dans les villes américaines jusqu'à son retour en Louisiane, évoqué dans un bref épilogue."
Wer dem Unrecht in den Arm fällt, den will man irgendwo haben, und wer über die Roheit in Zorn gerät, der lasse sich gleich begraben.
Wer keine Gemeinheit duldet, wie soll der geduldet werden ?
Wer da nichts verschuldet, der sühnt auf Erden.
Anna I, Zorn.


Ces morceaux étaient effectivement empreints d'une noirceur et d'une gravité certaines, de celles-là même qui marquent rétrospectivement l'année 1933.




La seconde partie du concert, reprenant notamment des morceaux créés à Broadway et devenus pour certains des standards populaires, avait une connotation beaucoup plus légère.


Petite musique de Quat'sous

Composée en décembre 1928, créée le 7 février 1929 au Staatsoper de Berlin par Otto Klemperer.
"Inspiré par la pièce de John Gray, L'Opéra des Gueux (1728), L'Opéra de Quat'sous met en scène les amours de Mackie Messer avec la jeune Polly Peachum, fille du chef des mendiants de Londres. Transposée dans l'Angleterre victorienne, la pièce présente une critique de la société capitaliste, une société où l'assassin le plus redoutable, Mackie, amant d'une prostituée, Jenny, est l'ami du chef de la police, Brown, et où les misérables sont l'enjeu de rapports de force économiques et politiques. Kurt Weill, de son côté, militait pour la démocratisation de la musique, et son ambition fut réalisée en grande partie avec L'Opéra de Quat'sous, dont le succès en 1928 fut extraordinaire: l'opéra de Brecht et Weill fut représenté deux-cent cinquante fois et ses numéros les plus célèbres, dont la fameuse "Ballade de Mackie Messer", connurent rapidement une large diffusion. Le public fut séduit par ces songs au ton si particulier et immédiatement identifiable, Weill réalisant une synthèse entre un style classique parodiant souvent Haendel et les influences du jazz et des danses populaires (valse, tango, fox-trot). Des enregistrements nombreux et des éditions séparées des différents songs dès 1928-1929 furent suivis par une double version cinématographique, française et allemande, réalisée par le grand metteur en scène G.W. Pabst en 1930-1931, ce qui assura une notoriété européenne au duo Weill-Brecht. Devant un tel engouement, Weill, soucieux de conserver un certain contrôle sur les adaptations en tout genre qui fleurissaient alors, décida en décembre 1928 de composer son propre arrangement de L'Opéra de Quat'sous. Sous le nom de Petite musique de Quat'sous, il réalisa une adaptation pour un orchestre d'instruments à vent en huit numéros. De facture tout à la fois populaire et classicisante, cette "Petite musique" reprend les morceaux les plus connus de l'opéra, notamment la "Ballade de Mackie Messer" et le "Kanonen-Song"."

Surabaya Johnny

Extrait de Happy End, comédie musicale de Bertolt Brecht et Elisabeth Hauptmann, créée à Berlin le 2 septembre 1929 (version allemande) et à Broadway le 7 mai 1977 (version américaine.)
"En 1929, après le succès de L'Opéra de Quat'sous, Brecht et Weill renouvellent leur collaboration pour la composition d'une comédie musicale: l'action se situe à Chicago, dans le milieu de la pègre, que dirige la "Dame en gris" et son acolyte Bill Cracker. Bill est chargé d'assassiner le Gouverneur mais il rencontre dans la rue un groupe de l'Armée du Salut qui tente de remettre les gangsters dans le droit chemin. Parmi les membres de ce groupe, une jeune femme, Lilian, tombe sous le charme de Bill et tente de le séduire. Tandis qu'elle est chassée de l'Armée du Salut, Bill est emprisonné pour meurtre. A sa sortie de prison, il retrouve ses complices et projette d'attaquer une banque. Déçue dans son amour alors qu'elle espérait convertir Bill au bien, Lilian confie son désarroi à l'acte III, dans le song Surabaya Johnny, l'un des plus célèbres de Weill."
Du sagtest viel, Johnny
Kein Wort war wahr, Johnny,
in der ersten Stund
Ich hasse dich so, Johnny
Wie du da stehst und grinst, Johnny ?


I am a stranger here myself
Speak low

Extraits de la comédie musicale One Touch of Venus, créée le 7 octobre 1943 à New York, Imperial Theatre, dans une mise en scène d'Elia Kazan et sous la direction musicale de Maurice Abravanel.
"La comédie musicale One Touch of Venus connut un grand succès à Broadway, où elle fut jouée de 1943 à 1945 avant d'être adaptée au cinéma en 1948, dans un film où figurait Ava Gardner. La pièce, librement inspirée du mythe de Pygmalion et de La Vénus d'Ille de Mérimée, représente au premier acte le désarroi de personnages contemporains devant une statue de Vénus retrouvée par les archéologues et qui prend miraculeusement vie quand le coiffeur Rodney Hatch lui passe au doigt la bague destinée à sa fiancée. Rodney s'étant enfui devant ce prodige et refusant d'abord les propositions de Vénus, celle-ci s'interroge sur l'amour et s'étonne des changements qu'il a subis depuis trois mille ans ("I am a stranger here myself"). A l'issue de plusieurs péripéties, Vénus et Rodney finissent par se rejoindre et s'embrassent après que la statue, seule avec son "fiancé", l'a enjoint à profiter du moment et de l'occasion ("Speak low", air qui est devenu un standard de jazz et qui a été repris dans les années 1950 par Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Chet Baker et Bill Evans)."
I dream of a day
Of a gay warm day
With my face between his hands.
Have I missed the path ?
Have I gone astray ?
I ask and no one understands
I am a stranger here myself 


The Saga of Jenny


Extrait de Lady in the Dark, comédie musicale en deux actes de Moss Hart et Ira Gershwin, créée le 23 janvier 1941 à New York, Alvin Theater, sous la direction de Maurice Abravanel.
"Immortalisée par l'actrice Gertrude Lawrence, puis par Ginger Rogers dans le film hollywoodien Lady in the Dark (1944), The Saga of Jenny est interprétée par l'héroïne Liza Elliott à l'acte II, dans une des trois séquences oniriques qui scandent la comédie musicale. L'intrigue en est simple: une jeune femme, directrice d'un magazine de mode, n'est pas heureuse et, après deux divorces, ne parvient toujours pas à trouver l'homme qui lui conviendrait. Lors de séances de psychanalyse menées avec le docteur Brooks, elle plonge dans ses souvenirs pour tenter de trouver l'origine de son insatisfaction en remontant jusqu'à son enfance. Les souvenirs alternent avec des rêves, dont l'un se déroule dans un cirque qui se transforme en tribunal: Liza exécute alors un song teinté d'humour, racontant l'histoire de Jenny, dont toute l'existence fut marquée par des malheurs causés par son caractère et par sa volonté de prendre des décisions définitives. Moralité du song: "Don't make up your mind" (Ne prenez pas de décisions)."
Jenny made her mind up at twenty-two
To get herself a husband was the thing to do.
She got herself all dolled up in her satins and furs
And she got herself a husband - but he wasn't hers.



La voix classique d'Anne Sofie von Otter fonctionne également à merveille sur les airs plus jazzy venus de Broadway.

Une magnifique soirée, vraiment !












Les passages entre guillemets sont issus du livret et Christophe CORBIER en est l'auteur.

samedi 16 novembre 2013

Scarlett Johansson au Festival Internazionale del Film di Roma

Venue défendre Her, le film de Spike Jonze en compétition officielle, Scarlett rayonnait comme à son habitude dans une robe Dolce & Gabbana.


Jennifer Lawrence au Festival Internazionale del Film di Roma

Venue promouvoir le deuxième volet de Hunger Games avec une nouvelle petite coupe courte ravissante, Jennifer Lawrence en imposait dans une robe Proenza Schouler.
A quand un prochain grand rôle ?


mardi 12 novembre 2013

Pier Paolo dans le métro
















Place d'Italie

La Taverne Münchausen

La Taverne Münchausen
Joutes verbieuses et improvisations façon 18ème siècle


Compagnie des femmes à barbe

Mise en scène: Gwen Aduh.
Avec: Gwen Aduh, Miren Pradier, Lula Hugot, Stanislas Hilairet, Pépito Matéo, Aurélie de Cazanove.
Costumes: Aurélie de Cazanove.


106 rue Brancion, Paris 15ème
5 & 6 novembre 2013,
du 12 au 14 décembre 2013,
du 4 au 7 juin 2014.


Avec un match d'improvisations aux allures d'un jeu de salon du XVIIIème siècle, la Compagnie des femmes à barbe nous propose un spectacle très drôle, souvent caustique et toujours surprenant.



Grimés (et le côté déguisement paraît franchement assumé...) en aristocrates du siècle des Lumières, quatre personnages, deux hommes et deux femmes sont attablés dans une taverne où une petite servante leur apporte des verres. Comme s'ils étaient eux-aussi les convives du lieu, les spectateurs sont installés tout autour des acteurs et peuvent manger et boire s'ils le souhaitent, comme au cabaret. Qui pour gagner une forte somme d'argent, qui pour sauver sa tête, nos quatre personnages doivent conter - et convaincre. Un monsieur loyal intransigeant leur propose chacun leur tour un sujet à partir duquel ils doivent bâtir une histoire. "Raconter comment, grâce à vous... ou à cause de vous..."; s'en suit un événement incluant des personnages représentatifs du XVIIIème siècle: le roi, les frères Montgolfier... Les causeurs sont évalués sur la pertinence de leur récit, son originalité, sa drôlerie, le temps mis à arriver à la conclusion et la capacité à rebondir sur les interventions des autres convives. Les incohérences, les maladresses et les grivoiseries sont sanctionnées.
Lors de la première partie du spectacle, le maître de cérémonie propose les accroches aux conteurs, mais lors de la seconde partie, ce sont les spectateurs qui notent leurs idées sur de petits morceaux de papiers qui sont placés dans un panier puis tirés au sort.
"Racontez comment, à cause de vous, la dauphine Marie-Antoinette a mangé du porridge au miel en lieu et place d'une pièce montée."
Oui, j'avais très envie d'un dessert au moment de remplir mon petit papier, dessert d'ailleurs que je me suis empressée d'aller acheter durant l'entracte...



Si pour le spectateur, cette charmante mascarade de mythomanes esthètes  prêts à tout sacrifier pour un bon mot (passion française s'il en est !) est un pur délice d'humour et de délicatesse, pour les comédiens, le travail doit être colossal - mais passionnant ! Mon ami Orélien Péréol m'a fait remarquer la construction complexe de chaque histoire sous un vernis de pure spontanéité. Qui plus est, les péripéties des différentes narrations rebondissent les unes sur les autres avec subtilité, créant chez le spectateur des évocations à court terme qui lui donnent le sentiment d'habiter ce XVIIIème siècle de mensonges et de vérités. L'élaboration de personnages aussi loufoques que cohérents est également remarquable: vraie-fausse comtesse vénéneuse, marquise folle-dingue, aventurier de pacotille et séducteur d'antichambres sentant l'humidité. Un régal !  Le personnage de maître de cérémonie incarné par Gwen Aduh, avec son esprit moqueur ultra réactif et sa belle élégance, m'a totalement charmée, moi qui aime tant les histoires pour m'endormir...

Le spectacle se jouera à plusieurs reprises d'ici la fin de la saison et sera bien sûr chaque soir différent. Courez-y !

lundi 11 novembre 2013

11 novembre

La guerre et ce qui s'en suivit


Les ombres se mêlaient et battaient la semelle
Un convoi se formait en gare à Verberie
Les plates-formes se chargeaient d'artillerie
On hissait les chevaux les sacs et les gamelles

Il y avait un lieutenant roux et frisé
Qui criait sans arrêt dans la nuit des ordures
On s'énerve toujours quand la manœuvre dure
Et qu'au-dessus de vous éclatent les fusées

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Le train va s'en aller noir en direction
Du sud en traversant les campagnes désertes
Avec ses wagons de dormeurs la bouche ouverte
Et les songes épais des respirations

Il tournera pour éviter la capitale
Au matin pâle On le mettra sur une voie
De garage Un convoi qui donne de la voix
Passe avec ses toits peints et ses croix d'hôpital

Et nous vers l'est à nouveau qui roulons Voyez
La cargaison de chair que notre marche entraîne
Vers le fade parfum s'exhalent les gangrènes
Au long pourrissement des entonnoirs noyés

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
Arrêt brusque et quelqu'un crie Au jus là-dedans
Vous bâillez Vous avez une bouche et des dents
Et le caporal chante Au pont de Minaucourt

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

Louis Aragon
Le roman inachevé
1956



Otto DIX
Der Krieg

Triptyque avec prédelle, tempera sur bois.

vendredi 8 novembre 2013

F comme... Banane !

La chanson comparée invite la pétillante Lio (que j'adore !) et Die Ärzte (pour le plus grand bonheur des germanistes.)




lundi 4 novembre 2013

Behind the Candelabra

Ma vie avec Liberace


Réalisation: Steven Soderbergh
U.S.A., 2013.


Avec: Michael Douglas, Matt Damon, Scott Bakula, Dan Aykroyd, Rob Lowe, Debbie Reynolds.


Adapté du récit biographique de Scott Thorson avec Alex Thorleifson intitulé Behind the Candelabra.





Pianiste de Music-Hall virtuose, Liberace connait une brillante carrière aux États-Unis des années 1950 aux années 1970. Il se produit régulièrement lors de cette décennie à Las Vegas, où il rencontre Scott Thorson, jeune homme qu'il prend sous son aile. La relation entre les deux hommes, ayant trait à la fois à la sexualité, au romantisme, aux gros sous et à la manipulation, va durer plusieurs années, jusqu'à ce que la star se lasse de son bel Adonis, vieillissant, accro aux pilules et à la cocaïne.
Se basant sur le récit qu'en fit plus tard Scott Thorson lui-même, Steven Soderbergh s'est penché sur cette relation tenue cachée à l'époque, Liberace n'ayant jamais reconnu son homosexualité. Lui qui posait toujours un chandelier sur son piano, comme une signature visuelle, laissait dans l'ombre toute une partie de son existence. Le réalisateur a souhaité explorer toutes les facettes de cet homme, qui était peut-être davantage image que musique.

Le livre de Scott Thorson -
Liberace et Thorson.

Les décors, les costumes et le maquillage valent à eux seuls le ticket d'entrée. C'est un délire visuel de couleurs, de matières, de clinquant, de surabondance. Il y a de tout, partout et toujours. Le jour est écrasé par le soleil du Nevada et de Californie. La nuit étincelle de strass, de sunlights et de bougies au bord des baignoires à robinets d'or. Les hommes sont à l'image des lieux et des objets, trop et pas assez dans le même mouvement. A la fois très loin de qui ils étaient avant tout ça et de l'image qu'ils ont d'eux même.
On se dit un moment que c'est trop, que Soderbergh doit bien en rajouter un peu, puis on se souvient des tenues d'Elvis, de la Villa Versace à Miami et du visage de Barry Manilow et instinctivement, on comprend que non, que quelque chose en Amérique est réellement comme ça; l'abondance jusqu'à l’écœurement.

Très vite, on comprend aussi que ces deux hommes dans leur palais doré ne peuvent qu'être malheureux. La grande force de Soderbergh est de suivre son sujet sans forcer le trait là où la situation initiale se suffit à elle-même. Il nous montre Liberace et son amant avec la plus parfaite neutralité, ces deux personnages excessifs parlant d'eux-même. Ils sont tour à tour répugnants et touchants. On les déteste, on les plaint et ils nous font rire. Beaucoup rire d'ailleurs, c'est un film vraiment très gai ! Soderbergh évoque à merveille ces stars un peu trash, qui brillent, qui choient et qu'on adore crucifier. La compassion qu'elles inspirent a toujours ses limites: on ne parvient jamais à les aimer pour de vrai, car elles réveillent en nous trop de mauvais instincts, moches mais délicieux, comme la déco de la maison de Liberace.

Michael Douglas, Matt Damon, et Rob Lowe, qui n'ont pas été épargnés question fond de teint, paillettes et brushings aux rouleaux, semblent beaucoup s'amuser et donnent au film un rythme endiablé.

Plus que la séparation à couteaux tirés des deux amants, c'est la mort de Liberace, rattrapé par le SIDA et par l'annonce de sa maladie dans les médias, qui semble sonner la fin de la récréation. La fin d'une époque, insouciante mais aussi froide et clinquante, dont on ne sait trop s'il convient de la regretter.
A cette époque, j'étais toute petite et je regardais l'Amérique dans le poste de télévision. Starsky et Hutch, Les drôles de dames..., ce sont mes premiers souvenirs liés aux États-Unis. Ma vie avec Liberace m'a rappelé cela.

dimanche 3 novembre 2013

Borgen


Borgen

Série TV danoise
Créée en 2010 par Adam Price.

Trois saisons.

Avec: Sidse Babett Knudsen, Pilou Asbæk, Birgitte Hjort Sørensen, Søren Malling, Thomas Leving, Benedikte Hansen, Michael Birkkjaer...


Borgen signifie château en danois et c'est ainsi que l'on désigne le siège du parlement et des bureaux du premier ministre, qui se trouve au château de Christiansborg à Copenhague.

Les trois saisons de la série nous invitent à suivre une partie de la carrière politique de Birgitte Nyborg, dirigeante du parti centriste, qui obtient le poste de premier ministre au tout début de la première saison.
Borgen nous fait découvrir la démocratie parlementaire danoise, où les coalitions entre partis décident de l'exercice effectif du pouvoir. Cette plongée dans les arcanes de la politique mais également du journalisme politique et des liens entre les deux, est vraiment passionnante et menée tout en finesse. Les opinions politiques plus que tièdes de Birgitte Nyborg n'invitent pas à la polémique et aucun trait n'est trop poussé dans la série: pas de scandale politique explosif, pas de secret personnel trash et retentissant. C'est par une écriture scénaristique rigoureuse et par une galerie de personnages très fouillés et très intéressants que Borgen emporte l'adhésion en donnant le sentiment du vrai.
Très réussi ! Et d'excellents comédiens dans les rôles principaux, à surveiller car on pourrait bien les revoir à l’international...

samedi 2 novembre 2013

La vie d'Adèle - chapitres 1 et 2

La vie d'Adèle
chapitres 1 & 2


Réalisation: Abdellatif Kechiche.
France, 2013.


Librement inspiré du roman graphique de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude.


Avec: Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Jérémie Laheurte, Mona Walravens.




Des tapis rouges cannois aux colonnes des journaux regorgeant d'interviews type Règlement de compte à OK Corral, le film de Kechiche a fait beaucoup parler de lui. L'article d'Isabelle Regnier, paru dans le numéro d'Octobre de Vanity Fair et intitulé Trois palmes et des larmes, permet de bien se remémorer tous les enjeux financiers, artistiques et politiques qui ont été débattus autour du film et de la personnalité tranchée de son réalisateur. Toutes ces polémiques ne sont pas toujours faciles à digérer pour le spectateur lambda (moi !), qui n'en comprend pas toujours très exactement les tenants et les aboutissants.
D'où l'envie, et quelque part la nécessité, d'en revenir au film, en tant qu'œuvre et tout simplement en tant qu'histoire.

La vie d'Adèle est le récit d'une éducation sentimentale où le premier grand amour permet d'entrer dans l'âge adulte. L'intrigue en est plutôt banale, dans le sens où elle est commune à de très nombreuses existences. Ce sont les partis pris et les choix artistiques du réalisateur, ainsi que le regard qu'il porte sur ses personnages et ses actrices, qui en font une œuvre très singulière et qui justifient très certainement la Palme d'Or.




























Adèle est une lycéenne de première, qui se cherche comme elle recherche les autres, et sans doute l'amour. Après quelques expériences qui la laissent sur sa faim, sensuellement et affectivement, elle rencontre Emma, étudiante aux Beaux Arts, libre, excentrique et très déterminée. Adèle et Emma vont s'aimer passionnément, grandir en se nourrissant l'une de l'autre, s'éloigner, se déchirer puis se séparer. A la fin des chapitres 1 et 2, Adèle est devenue adulte, et Emma également, mais elles sont irrémédiablement loin l'une de l'autre.

Kechiche se confronte à ce qui s'apparente à une histoire d'amour assez universelle. Le fait qu'elle concerne deux jeunes femmes n'y change pas grand chose à mon avis; elle aurait pu tout aussi bien impliquer un homme et une femme ou deux garçons. Il s'agit selon moi d'un parti pris en soi, auquel j'adhère tout-à-fait: l'homosexualité n'est pas une identité, juste un élément d'une histoire beaucoup plus vaste. Les thèmes au centre du film sont tout autres à mon avis.

Kechiche met surtout l'accent sur le corps, le rapport au corps, la vision du corps.
Adèle, dans toute sa jeunesse, a les traits encore poupins et tout le côté organique et spontané de l'enfance. Elle mange d'un appétit goulu, presque salement. Comme les enfants, elle dort dans le plus parfait abandon, bouche ouverte. Elle se reculotte dans sa rue le matin avant de courir après son bus. La littérature et l'instruction façonnent cette presque sauvageonne pour en faire un être de culture. Comme Kechiche, Adèle aime Marivaux. La vie de Marianne en l’occurrence. Faire des pulsions et des désirs quelque chose qu'on puisse penser, élaborer.
Et le vrai amour, celui qu'Adèle trouve en Emma, prolonge cette éducation et cette structuration. Artiste assez complexe, Emma est plus âgée, plus cultivée, et contribue à parachever l'éducation d'Adèle.
Et dans un même processus qui n'a rien de contradictoire, l'amour qui élève l'esprit renvoie également au corps, au mélange des corps et à la jouissance. Kechiche filme cette rencontre sexuelle de façon très réaliste, très crue parfois.
Cette exploration des liens entre nature et culture, entre le corps et l'esprit, est un des grands axes du film. Kechiche ne les oppose pas, mais se penche avec intelligence sur les rapports étroits qu'entretiennent ces deux dimensions.



Un autre axe fort du film est peut-être la différence de milieu social entre Adèle et Emma.
Emma est une artiste venant d'une famille recomposée, aisée, ouverte et tolérante. On y déguste des huîtres avec un petit blanc "pas mal du tout" en trinquant à l'amour, peu importe s'il est lesbien. Adèle vient également d'un milieu aimant et chaleureux, mais populaire, où l'on parle moins et où l'homosexualité reste cachée. On y mange les meilleures pâtes à la sauce tomate et la bouteille de rouge, rebouchée à la fin de chaque repas, fait la semaine. Chez Adèle, gagner sa vie n'est pas - et ne sera jamais - une question anecdotique. Au fil des années, alors que naturellement la passion des premiers temps s'émousse, ce fossé va se creuser et c'est cela réellement qui va séparer Adèle et Emma, la différence d'aspirations et la difficulté à comprendre celles de l'autre.
Le côté Pygmalion de leur relation est également difficile à inscrire dans la durée et finit par se teinter d'une amertume un peu pesante.

J'ai beaucoup aimé la fin du film, que j'ai trouvée déchirante. Elle nous rappelle la jeunesse d'Adèle qui, portée par ses sentiments, s'expose sans jamais se protéger. Quand elle se rend au vernissage d'Emma, qui forcément sera catastrophique pour elle, j'ai eu envie de lui crier de rebrousser chemin et de ne pas y aller. Sur les toiles comme sur la silhouette d'Emma, le bleu s'est mué en rouge et le dessin du corps d'Adèle marque une frontière. Et du côté où elle se trouve, cette limite est insupportable pour la jeune femme. Quand elle part, le cœur brisé, l'homme qui s'intéresse à elle ne parvient pas à la rattraper dans la rue, car foncièrement elle se trouve dans un lieu de solitude absolue où nul ne peut aller la chercher. C'est très beau. Et la jeunesse d'Adèle casse finalement aussi un peu la dureté de ce final; ce ne sont que les deux premiers chapitres et on peut imaginer des lendemains à cette toute jeune femme.

Avec justesse, les performances d'Adèle Exarchopoulos et de Léa Seydoux ont été grandement saluées. Elles sont magnifiques ! Les deux comédiennes ont fait preuve d'un véritable courage en acceptant ces rôles sulfureux qui sont souvent des quitte ou double dans une carrière. Qui se souvient vraiment de l'actrice de Romance ou de celle de L'ennui, qui ont passé une grande partie de ces deux films dénudées et ne s'en sont jamais relevées ?
Si Kechiche déroule avec brio et originalité son scénario, sa façon de filmer m'a moins convaincue. Je suis consciente qu'il s'agit pourtant d'une des signatures du film, mais j'ai été plutôt dérangée par ses plans ultra serrés qui donnent le sentiment d'être DANS le couple formé par Adèle et Emma. Cette intériorité, je l'ai trouvée étouffante, envahissante là où j'aurais eu besoin de distance. Mais peut-être y a-t-il ici quelque chose qui demande le temps de la réflexion...

vendredi 1 novembre 2013

Enthousiasme de novembre

De toute façon moi j'aime novembre !!!











Novembre est un mois chaotique mais positif. Les références changent, les statuts sont redistribués, certains couples entrent en crise. L’on repense aux décisions prises l’année précédente. Conservez votre enthousiasme et ne baissez pas les bras : vous avez envie de nouveauté, de changer de vie, au bureau ou en amour. Vous avez vraiment besoin de retrouver le nord et de renouer avec la stabilité, notamment côté cœur, mais pour çà, il faudra attendre le mois prochain. Entre temps efforcez-vous de retrouver l’inspiration et le sens de l’humour.




Côté look ? Soyez hype au quotidien avec cette blouse à rayures, ornée de dentelle poétique et portée avec un chino confortable et des escarpins bicolores. Côté accessoires, le sac Cécile à paillettes est de mise.





TWIN-SET Simona Barbieri vous voit...
ENTHOUSIASTE

Chanson comparée

On connaît bien sûr la littérature comparée, pour l'avoir peut-être croisée à l'université; qui compare littérature française et littérature étrangère.
Ma petite Nono en fait aussi à l'occasion à l'école maternelle: les similitudes entre Roule galette et Le petit bonhomme de pain d'épices n'ont plus aucun secret pour elle depuis la petite section !
Et si en ce mois de novembre, nous tentions la chanson comparée ?

Commençons avec deux chanteurs français que j'adore: Barbara et Serge Reggiani, qui se penchent tous deux sur la mémoire des objets.

Écoutez, comparez !



Barbara, Drouot
Paroles et musique: Barbara
Sur l'album L'aigle noir, 1970.










Serge Reggiani, Les objets perdus
Paroles: Jean-Loup Dabadie
Musique: Francis Lai
Sur l'album Le Zouave du pont de l'Alma, 1982.