jeudi 31 octobre 2013

Happy Halloween !


Authentique potiron bourguignon.





























Mes petits gratins potiron et tomate sanglante.




















Un chat noir diabolique qui fout drôlement la trouille.


Adèle Exarchopoulos & Léa Seydoux pour Miu Miu

Photographiées par Inez & Vinoodh, les deux héroïnes de La vie d'Adèle sont les nouvelles égéries de la campagne Miu Miu Resort 2014.
L'osmose entre les deux jeunes femmes paraît toujours aussi évidente.





mercredi 30 octobre 2013

Dalila n'était pas là

Je suis revenue du salon de coiffure avec l'intégralité de ma chevelure, qui avait juste un peu changé de couleur.
Comme disait François Ier, "souvent femme varie..."




lundi 28 octobre 2013

Bye-bye...


Cette photo a été prise samedi chez moi par le jeune photographe Cyril A. Fabien.
Il s'agit sans doute de la toute dernière où j'ai les cheveux très longs.
Je pars chez le coiffeur !


dimanche 27 octobre 2013

Les tombeaux des ducs de Bourgogne

Le Musée des Beaux Arts de Dijon est très cher à mon cœur. Ses collections sont magnifiques et présentées dans l'écrin incroyable qu'est le palais ducal. Et j'ai passé tant d'heures à m'y promener que j'ai parfois l'impression de connaître les œuvres sur le bout des doigts, ce qui est absolument faux bien sûr -et heureusement !

Le musée vient d'ouvrir à nouveau ses portes il y a quelques semaines après une première phase de rénovation qui a vu le remaniement profond d'une aile consacrée à l'art du Moyen Âge et de la Renaissance. Les travaux se poursuivront jusqu'en 2019 et concerneront à terme l'ensemble des collections.
Le rendu de ce premier espace est assez remarquable: l'art médiéval est magnifiquement mis en valeur dans de belles salles très ouvertes sur la ville. La visite est très agréable, dans des pièces lumineuses qui favorisent l'intimité avec les œuvres. Seuls bémols selon moi: un petit, la peinture de certains murs, et un grand, l'affreux dallage de la cour d'entrée qui s'est substitué à de bien jolis pavés. Je pense qu'il y avait d'autres moyens moins radicaux pour assurer l'accessibilité du lieu.

Au cœur de ce parcours médiéval, les tombeaux des ducs de Bourgogne constituent un point d'orgue. S'ils sont indéniablement le symbole du musée, ils sont également celui de la ville, au même titre que la chouette de pierre, le cassis, la moutarde et le fameux apéritif du Chanoine Kir. Allons les découvrir...


Grande salle du palais ducal
construit au milieu du XVème siècle
par Philippe le Bon.
Tombeau de Philippe le Hardi,
duc de Bourgogne
(1342-1404)
Entrepris en 1386 par Jean de Marville (décédé en 1389),
poursuivi par Claus Sluter (décédé en 1405 ou 1406)
et achevé par Claus de Werve en 1411.


Tombeau de Jean sans Peur,
duc de Bourgogne
(1371-1419)
et de Marguerite de Bavière
Commencé en 1443 par Jean de La Huerta
et achevé en 1470 par Antoine Le Moiturier.




En 1031, le duché de Bourgogne appartient aux ducs princes capétiens et s'agrandit au fur et à mesure des siècles. La succession se fait sans faille jusqu'en 1361, où le dernier duc capétien Philippe de Rouvres meurt à 17 ans. La lignée princière s'éteint.
Le roi de France Jean le Bon rattache donc le duché de Bourgogne au domaine royal.
Le monarque a quatre fils à qui il donne des terres en apanage:
- Charles V, roi en 1364;
- Louis d'Anjou;
- Jean de Berry;
- Philippe de Bourgogne, dit le Hardi.
Le surnom de Philippe vient du fait qu'il a sauvé son père sur un champ de bataille à Poitiers en 1356. En 1364, il devient le premier duc Valois de Bourgogne et entre solennellement à Dijon, qui prend alors son statut de capitale ducale.
Philippe mène une politique expansionniste. Son mariage avec Marguerite de Flandre le 19 juin 1369 lui permet de rattacher  au duché les comtés de Bourgogne, de Rethel, de Nevers, d'Artois et de Flandre. La mort de son beau-père Louis de Male en 1384 lui apporte également un splendide héritage et quelques seigneuries.
Philippe est aussi un prince mécène très brillant. Il y a à l'époque une grande émulation dans ce domaine entre les puissants, et les artistes vont d'une cour à l'autre pour honorer les multiples commandes. Outre de nombreuses résidences, le Hardi fait édifier la Chartreuse de Champmol, qui sert de nécropole aux ducs de Valois. Lorsque Philippe meurt en 1404, il est d'ailleurs inhumé dans l'église de la Chartreuse.

Tombeau de Philippe le Hardi.

Dès la fondation de la Chartreuse, le Hardi commande son tombeau à son imagier, Jean de Marville, qui définit la disposition d'ensemble avec le duc. A son décès en 1389, c'est Claus Sluter, sculpteur originaire des Pays-Bas, qui reprend le chantier. Mais trop occupé par les sculptures du portail de la Chartreuse et celles du Puits de Moïse, il y travaille finalement assez peu. Après son décès en 1406, c'est son neveu Claus de Werve qui exécute les projets de son oncle à l'aide des dessins qu'il lui a légués.


Le gisant du duc porte tous les attributs évidents du pouvoir. Le casque est orné de fleurs de lys puisqu'en tant que Valois, Philippe est prince de sang royal. La couronne fixe le prestige jusque dans la mort. Le sceptre est de la première importance; il prolonge le bras, et par là même le pouvoir, mais il revêt également un caractère plus belliqueux, symbolisant la foudre divine, celle de Zeus et celle de l'archange Michel. Très attaché à l'aspect chevaleresque, Philippe avait décidé de se faire représenter en armure, mais la restauration de 1820 n'a pas respecté son vœux, ne laissant plus que le casque et les bottes d'armures.
Sous la dalle de marbre noir supportant le gisant, une galerie ajourée abrite un cortège de pleurants. Le thème fréquent au Moyen Âge du cortège des funérailles est ici renouvelé par un traitement en ronde-bosse qui remplace le classique bas-relief. Sluter a représenté le cortège qui accompagne la dépouille du duc, du lieu de sa mort en Flandre à sa sépulture dans la Chartreuse de Champmol. Le souci nouveau de réalisme de l'artiste se marque par la volonté d'individualiser et d'humaniser les acteurs de ce drame funèbre. L'expression de la douleur est rendue de façon différente pour chacun des personnages par les traits du visage, le mouvement des capuchons, les drapé aux plis profonds. La simplicité de ces formes confère au cortège funèbre une intensité tragique. L'éternel cortège de pierre semble porter à travers les siècles le deuil de son prince.

Fils de Philippe le Hardi, Jean sans Peur, né à Dijon en 1371, lui succède. Il vit surtout en Flandre et parle d'ailleurs le flamand. Moins mécène que son père, il est surtout très politique. Après avoir passé une alliance secrète avec l'Angleterre, il est assassiné en 1419 à Montreaux, sur les ordres du dauphin, son ennemi de toujours le duc d'Orléans, au moment où il rencontre le roi Charles VI pour rapprocher le parti français et le parti bourguignon.

Son tombeau et celui de son épouse reprend dans sa structure celui de Philippe le Hardi. Il subit cependant l'influence du temps et reflète le style flamboyant dans son décor architectural à la fois plus orné et plus chargé.



Jean sans Peur.

Marguerite de Bavière.


En 1443, Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, charge le sculpteur aragonais Jean de La Huerta de réaliser le tombeau de son père, dans le but de démontrer de façon flamboyante la puissance des ducs de Bourgogne. Mais l'artiste, de caractère difficile semble-t-il, quitte Dijon en 1456 sans avoir achevé le travail. Antoine Le Moiturier, artiste avignonnais, le termine en sculptant le décor architectural et les gisants et en achevant les pleurants.
Avec ce tombeau, l’iconographie  ducale se précise de plus en plus. Le casque, les bottes d'armure et la couronne sont toujours présents. Le manteau est orné de semis de rabot et de copeaux de bois, et on retrouve le rabot en pendeloque. Ce symbole est à rattacher à la rivalité entre Jean sans Peur et son cousin Louis d'Orléans, qui a toujours été très belliqueuse, jusqu'au point d'orgue que constitue l'assassinat de 1419. Les deux hommes se sont livrés à un jeu d'échange de devises et d'emblèmes. Le premier emblème de Jean sans Peur est  le houblon, tout-à-fait pacifique. Alors que la haine entre les deux princes grandit, il choisit l’ortie, qui semble dire "qui s'y frotte, s'y pique." En réponse, Louis d’Orléans opte pour un gourdin noueux. Et quelques années plus tard, le Bourguignon prend le rabot, qui est destiné à faire disparaître les nœuds du gourdin. Il adopte en même temps une devise en flamand: "je tiens" ou "je résiste." Cette rivalité est donc à la naissance d'une iconographie qui va perdurer et devenir symbole et emblème des ducs de Bourgogne.
En ce qui concerne le cortège funèbre, s'il suit le modèle de Sluter, le tombeau de Jean sans Peur atteint sans doute moins de grandeur et de profondeur dans l'expression de la vie intérieure. Il semble qu'il faille attribuer à Jean de La Huerta les pleurants aux attitudes les plus mouvementées, tandis qu'Antoine Le Moiturier travaille dans un style plus apaisé, sculptant par un modelé lumineux des figures d'une grande sérénité.











































Issu de l'iconographie antique comme de l'iconographie chrétienne, le lion est un symbole de pouvoir, de puissance et d'attachement. C'est également un symbole céleste. Sa crinière dorée, qui fait écho aux ailes des anges, évoque le rayonnement divin et la lumière céleste.






A la Révolution, la Chartreuse de Champmol est détruite. Les tombeaux sont transportés à la cathédrale Saint-Bénigne où ils subissent d'importantes dégradations.
Le XIXème siècle voit la redécouverte du Moyen Âge dans un esprit romantique. Févret de Saint-Mémin, conservateur du Musée des Beaux Arts, décide de présenter les tombeaux au public. Ils sont donc exposés en 1827 après avoir été fortement restaurés, notamment les gisants dont il ne reste plus que les têtes et les mains d'origine. Pour remplacer les personnages manquants, le restaurateur sculpte de nouveaux deuillants, leur donnant le visage de contemporains: lui-même, Févret de Saint-Mémin et d'autres grands bourgeois dijonnais !


Neuf pleurants néogothiques
Albâtre.

Joseph MOREAU (Dijon 1797-Dijon 1855)

Ces pleurants sont réalisés lors de la restauration des tombeaux des ducs de Bourgogne en 1820-1827, pour remplacer les originaux alors manquants. Ils sont retirés entre 1932 et 1945 pour être remplacés soit par des pleurants originaux récupérés, soit par des moulages pour celui resté en collection particulière et les quatre conservés au Cleveland Museum of Art.



































Charles Févret de Saint-Mémin,
conservateur du musée.


A gauche: Louis Marion, sculpteur des éléments architecturaux.
A droite: Claude Saintpère, professeur à l'Ecole des Beaux Arts
et initiateur de la restauration des tombeaux.

Joseph Moreau,
sculpteur des gisants et des pleurants.


Depuis le XIXème siècle, les tombeaux sont donc des pièces centrales du musée, comme on le voit très bien dans ces œuvres de 1847 et de 1861, toutefois plus ou moins réalistes.

La salle des Gardes au Musée de Dijon
Auguste MATHIEU (Dijon 1807-Paris 1863)
Huile sur toile, 1847.

Visite de sa Majesté l'Empereur aux tombeaux des ducs de Bourgogne à Dijon
Hubert CLERGET (Dijon 1818-Saint-Denis 1899)
Aquarelle, 1861.

Vous pouvez retrouver de plus amples informations sur le site des collections en ligne du MBA de Dijon, concernant le tombeau de Philippe le Hardi et concernant le tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière.

vendredi 25 octobre 2013

Rihanna is Medusa

En couverture du GQ britannique pour le 25ème anniversaire du magazine.
De quoi pétrifier les Gentlemen de sa très gracieuse majesté !


Autoportrait N°3 de Yan Pei Ming

Autoportrait N°3
Huile sur toile, 2000.

Yan Pei MING (Shanghai 1960)




C'est là le seul portrait de Yan Pei Ming qui se trouve au Musée des Beaux Arts de Dijon. Il a été acquis en 2003.
D'autres très belles œuvres de l'artiste sont exposées au Centre Pompidou.

jeudi 24 octobre 2013

Edith # 3


Édith, c'est également le titre d'une chanson de Michel Legrand et de Jean Dréjac, interprétée en 1971 par Serge Reggiani sur l'album Rupture.
Cet hommage à Piaf est une pure merveille.

Vous pouvez écoutez la chanson ICI.





Le TGV Dijon / Paris de 12h01




















Émile Gallé, vase du Musée des Beaux Arts de Dijon

J'aime beaucoup les œuvres d'Émile Gallé, et tout particulièrement son travail de maître verrier. Ses vases aux décors de fleurs et de végétaux sont des chefs-d'œuvre de l'Art Nouveau.
Le Musée des Beaux Arts de Dijon compte une très belle pièce dans ses collections.


Vase rectangulaire
En cristal posé sur un socle en bois de fer, gravé à décor naturaliste 
Hauteur : 26,6 cm ; Largeur : 13,3 cm ; Profondeur : 7,5 cm
Nancy, 1900
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1976.

Émile GALLÉ (Nancy 1846-Nancy 1904)




"Par sa forme, sa décoration et sa technique, ce vase correspond bien à la production d'Émile Gallé dans les toutes dernières années du XIXe siècle. La forme rectangulaire allongée reposant sur un socle en bois appelle la comparaison avec l'art de Chine. La marqueterie de verre, l'utilisation de la gravure, les effets de matière, de transparence et de couleur ainsi que le décor floral sont tout à fait caractéristiques des recherches de Gallé et des artistes nancéiens de ce temps. Émile Gallé, lecteur assidu de la Bible, a souvent incorporé des citations de psaume à ses ouvrages."
Serge Lemoine
Musée des Beaux-Arts de Dijon :
Donation Granville :
catalogue des peintures, dessins, estampes et sculptures,
tome 1 : oeuvres réalisées avant 1900
Ville de Dijon, 1976.


La citation biblique qu'évoque Serge Lemoine est inscrite au dos du vase: "Quand Tu les touches, les montagnes fument." (Ps CIV.)

mercredi 23 octobre 2013

Bacchus et Ariane, de Naxos à Marly



L'automne, figuré par Bacchus et Ariane
Charles de la Fosse
Musée des Beaux Arts, Dijon.

En 1679, Louis XIV décide la construction du petit château de Marly non loin de Versailles afin d'y accueillir ses invités plus intimes. L'étiquette y est allégée et le monarque y séjourne beaucoup durant les dernières années de son règne.
Le château de Marly est constitué de treize pavillons, douze dédiés aux signes du zodiaque et un réservé à la famille royale. Ce dernier s'organise autour d'un grand salon orthogonal que le roi décide de redécorer en 1699. Le thème des quatre saisons est retenu et quatre tableaux sont réalisés:
- le printemps est illustré par les amours de Zéphyr et Flore (Antoine Coypel);
- l'été par Cérès (Louis de Boullogne le jeune);
- l'hiver par Chronos sous les traits d'un vieil homme se réchauffant aux braises (Jean Jouvenet.)

L'automne est confié à Charles de la Fosse, qui illustre la saison par la rencontre entre Ariane et Bacchus sur l'île de Naxos. Dieu du vin et de la vigne, Bacchus est souvent associé à l'automne car les vendanges sont faites en septembre. La représentation dans le ciel du signe zodiacal de la balance renforce cette référence à la saison.

J'aime particulièrement cet épisode mythologique.


Dijon / Octobre / Lundi après-midi



Rue Sainte-Anne, puis dans un petit café près des halles:
diabolo grenadine et macaron framboise.



Le Grand-duc de François Pompon

Une salle du Musée des Beaux Arts de Dijon est consacrée au sculpteur animalier François Pompon.

François Pompon naît à Saulieu en 1855 dans un milieu modeste.
Après avoir été apprenti dans l'atelier de menuiserie et d'ébénisterie de son père, il suit les cours de l'École des Beaux Arts de Dijon puis ceux de l'École des Arts Décoratifs à Paris, tout en étant ouvrier marbrier dans une entreprise funéraire pour gagner sa vie.
De 1890 à 1895, il travaille dans l'atelier d'Auguste Rodin.
C'est en Normandie, au début du XXème siècle, que Pompon commence à modeler les animaux de la basse-cour. Il se fabrique un établi portatif qui lui permet d'approcher au plus près ses sujets. Il s'intéresse à tout: animaux domestiques, de la ferme, de la forêt et même aux pensionnaires exotiques du Jardin des Plantes.
Son Ours blanc grandeur nature connaît un grand succès au Salon d'automne de 1922 et lui apporte la célébrité.
Pompon meurt à Paris en 1933 et est inhumé à Saulieu. Son Condor en bronze surmonte sa tombe et semble veiller sur son repos.


Grand-duc
Uhu
Bronze, 1927-1930.
"Il existe de cette très belle œuvre des versions en plâtre, marbre et pierre."




Pompon représente des animaux tout en rondeurs et complètement immobiles. Il épure au maximum ses œuvres: pas de plumes ni de poils.

mardi 22 octobre 2013

Le mouvement à travers quelques œuvres du Musée des Beaux Arts de Dijon

De nombreux artistes ont fait du dynamisme interne insufflé par le mouvement une des composantes majeures de leur œuvre. C'est notamment le cas des sculpteurs, puisque qu'un corps en mouvement est bien plus intéressant qu'une silhouette statique. Dans la peinture, ce sont particulièrement la lumière et les couleurs qui caractérisent le mouvement.
Si on fait abstraction des Égyptiens, le mouvement est représenté dès l'Antiquité. Les artistes de la Grèce antique ont d'ailleurs beaucoup figuré la danse, considérée comme un cadeau des dieux.
Au Moyen Âge et même durant la Renaissance, le mouvement est moins présent, dans un art qui est principalement religieux. Mais les sculptures de Michel-Ange, très représentatives d'une réelle recherche dans ce domaine, font école en la matière.
Le XVIIème siècle baroque, qui sous prétexte d'assagir les esprits tourmente les corps, exalte particulièrement le traitement du mouvement. En cette période troublée de réforme et de contre-réforme, la papauté initie en effet de nombreux chantiers architecturaux ainsi que des commandes de tableaux et de statues pour ramener les fidèles à la foi catholique. Il s'agit d'émouvoir les foules en représentant les souffrances du Christ ou l'extase de la Vierge, ce que l'on appelle à cette époque le pathétique de la foi. Les artistes d'alors s'éloignent du style classique qui privilégiait le calme des grandes horizontales et des grandes verticales, pour aller vers des compositions très agitées, très mouvementées.
A partir du XXème siècle, des artistes s'intéressent à la décomposition du mouvement, puis une abstraction gestuelle se base sur l'amplitude et sur la vitesse.
Et même durant les époques où le mouvement est décrié, notamment dans la sculpture, il y a des artistes qui s'y intéressent et qui osent tout de même le représenter.

Voici quelques œuvre issues de la très belle collection du Musée des Beaux Arts de Dijon où le traitement du mouvement est de la première importance.


Hercule et Lichas
Bronze. Entre 1795 et 1815.
Acquis en 1977.

Antonio CANOVA (Passagno 1757-Venise 1822.)


Cette  œuvre est une réduction d'un marbre colossal qui se trouve au Musée d'Art moderne de Rome.

Canova fait souvent référence à la mythologie grecque.
La scène représentée ici figure dans Les Métamorphoses d'Ovide.
Hercule a grièvement blessé le centaure Nessus, qui avant de mourir affirme à Déjanire, l'épouse du demi-dieu, que son sang a le pouvoir de combattre l'infidélité. Quand Hercule se rapproche de la jeune Iole, Déjanire en teint donc le manteau de son époux volage et charge son serviteur Lichas de le lui apporter. Dès qu'il enfile la fameuse tunique imbibée du sang du centaure, le héros ressent une atroce brûlure pénétrante. Plus il essaie d'ôter le tissu, plus sa peau part en lambeaux. Fou de rage et de douleur et persuadé que Lichas lui a jeté un sort, Hercule le saisit par les pieds et les cheveux et le projette dans la mer Égée. Le corps de Lichas se déchire en mille morceaux et se pétrifie, créant ainsi les Îles Lichades.

Avec cette statue, Canova a particulièrement travaillé le mouvement. On rencontre ici une richesse expressive et une tension physique qui ajoutent encore au côté tragique de la scène.
Le corps de Lichas est complètement tendu par la peur, presque déjà disloqué ; il tente de s'accrocher au pilier du temple de Zeus, en vain.



Hercule, dont l'artiste a développé toute la musculature en jouant sur le modelé, va comme jeter Lichas d'un seul geste. On ressent toute sa colère et toute sa souffrance.

La peau du lion de Némée
au pied d'Hercule.


La représentation du mouvement a permis de rendre ces corps tout à fait expressifs.









Tigre qui marche
Bronze patine médaille, 1841.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1974.
Lion au serpent
Bronze patine médaille, vers 1845.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.


Antoine-Louis BARYE (1795-1875.)


Reconnu comme le premier sculpteur animalier et surnommé "le Michel-Ange des fauves", Antoine-Louis Barye ose représenter les animaux pour eux-mêmes à une époque où ils servent uniquement d'accompagnement. Il fréquente beaucoup les zoos et lorsqu'un animal meurt, il récupère sa dépouille, l'étudie et fait des moules. Il connaît donc très bien l'anatomie animale.
Barye veut montrer la férocité et la tension et représente pour cela des animaux en mouvement.























En contemplant cette œuvre, on a presque l'impression d'entendre rugir le lion et siffler le serpent.



















Le tigre qui marche révèle la capacité de Barye à saisir l'animal dans toute la force de sa musculature et à rendre son côté féroce.


Printemps du monde
Huile sur toile, 1967.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1974.
Louis XIV
Huile sur toile, 1966.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.
Léon Tolstoï
Huile sur toile, 1966.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.
Le sexe des vallées
Peinture acrylique sur toile, avant 1974.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1974.

Jean MESSAGIER (Paris 1920-Montbéliard 1999.)

L'abstraction gomme toute référence à ce qui est connu. C'est uniquement l'artiste qui, à travers les couleurs et les formes, va communiquer sa pensée. L'abstraction suit principalement deux tendances : l'abstraction géométrique et l'abstraction gestuelle, sur laquelle travaille Jean Messagier. Elle est basée sur le mouvement, le geste et la vitesse ; l'artiste exprime sa pensée à travers son geste. C'est ce que les Américains appellent l'action painting.

Printemps du monde.

Jean Messagier travaille à la brosse pour représenter des tourbillons transparents à travers lesquels on aperçoit la trame de sa toile. Il incise ensuite son nom et le titre de l'œuvre sur le tableau.
Pour réaliser le Printemps du monde, travail sur le mouvement, la rapidité et l'amplitude, il a installé un banc sur sa toile posée au sol et il s'est couché sur le banc en tenant une brosse dans chacune de ses mains : c'est ainsi qu'il a réalisé ces grandes accolades et ces grands tourbillons. On note une alternance entre couleurs froides et couleurs chaudes, ce qui crée une sorte de rythme. C'est une des rares toiles de Messagier où il y a beaucoup de couleurs, car il travaille d'ordinaire des teintes plutôt monochromes.

Louis XIV.

Léon Tolstoï.

Jean Messagier a également réalisé toute une galerie de portraits basés sur la vitesse et le mouvement. On reconnait certains personnages à leur perruque ou à leur barbe, c'est la seule chose que l'on voit.

Le sexe des vallées.

A partir d'une certaine époque, Jean Messagier va même utiliser la bombe aérosol, parce qu'il trouve que la main est finalement prisonnière et que la bombe permet d'aller encore plus vite. Il l'utilise pour représenter les dorures du Sexe des vallées. Il utilise toujours la brosse pour obtenir des accolades symétriques d'une manière très rapide.


Les footballeurs
Quatre œuvres.
Huile sur toile, 1952.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.

Nicolas de STAËL (Saint-Pétersbourg 1914-Antibes 1955.)













Nicolas de Staël a une période abstraite à partir de 1948 environ, mais cela ne le satisfait pas totalement et il finit par réintroduire la figure humaine. Il a pour cela un déclic en 1952 lorsqu'il assiste à un match de football dans le Parc des Princes tout nouvellement construit. Le match oppose la France à la Suède et Nicolas de Staël est fortement enthousiasmé par le ballet des personnages et des couleurs. En une quinzaine de jours, il peint des tableaux et fait des lithographies où il réintroduit la figure humaine. Il commence à utiliser la truelle de maçon pour peindre : on voit bien la trace de l'outil et ses empâtements. Avec quelques figures géométriques, carrés, rectangles et cercles, il donne une impression de mouvement et attire l’œil sur le ballon. Grâce au côté tactile des empâtements, on a l'impression de sentir le jeu de jambes des joueurs. Idéal pour montrer des corps en mouvement, le sport a été beaucoup représenté au XXème siècle.