jeudi 25 juillet 2013

Les parapluies de Cherbourg

 
Les Parapluies de Cherbourg
 
 
Réalisateur: Jacques Demy.
France-Allemagne, 1964.
 
Musique: Michel Legrand.
Avec: Catherine Deneuve, Nino Castelnuovo, Anne Vernon, Marc Michel.
 
 
 
Les films de Jacques Demy sont si particuliers qu'on ne peut selon moi que les aimer profondément ou les détester sans appel. J'ai choisi mon camp.
De ses films je dirais surtout qu'ils sont libres, dans le sens où toute concession (à la mode, à ce que l'on imagine être le goût du public, ou autre...) semble être totalement exclue. L'univers de Demy ne se discute pas; c'est un tout, qui se répond de film en film et qu'il faut accepter dans son ensemble, avec ses obsessions, ses couleurs éclatantes, sa noirceur mélancolique et bien sûr la musique de Michel Legrand.

Les parapluies de Cherbourg, c'est le nom d'une boutique tenue par une veuve et sa fille de 17 ans, Geneviève. La jeune fille fréquente Guy, un mécanicien de 20 ans: tous deux s'aiment passionnément et veulent se marier. Mais le garçon doit partir pour la guerre en Algérie et Geneviève découvre qu'elle est enceinte. Et leur vie ne sera pas telle qu'ils l'avaient imaginée.

Les parapluies de Cherbourg est un film entièrement chanté, y compris quand deux ouvriers portant une très lourde machine à laver apostrophent un importun: "Ben pousse ta viande !"  Mais contrairement aux Demoiselles de Rochefort, il n' y a pas de scènes dansées.
Alors un film en-chanté, comme le mentionne malicieusement une affiche d'époque ? Oui, il y a de cela, car les mélodies enveloppent le spectateur et l'entraînent à la manière d'un sortilège. Cependant, cette forme musicale n'arrache pas au réel, qui est toujours présent, qui a même le dernier mot si l'on peut dire; la musique et les couleurs pop avant l'heure créent une forme d'attention plus soutenue et la réalité, somme toute banale et partagée, apparaît au final beaucoup plus âpre et plus tragique. Car chez Demy, toujours la gaieté côtoie la tristesse.
Les couleurs éclatantes, absolument magnifiques, qu'il affectionne tant, nous décrivent une France de la fin des années 1950, joyeuse, prospère, déjà loin de la guerre et de ses privations, prête aux révolutions sociales de la décennie suivante. Mais derrière apparaît noire et menaçante la guerre d'Algérie.
L'amour aussi est joie, promesse et tourbillon, mais se dressent très vite l'absence, l'angoisse et l'heure des choix.


La dernière scène, dans la station service sous la neige, où les anciens amants se recroisent par hasard, m'a bouleversée aux larmes. Dans Les parapluies de Cherbourg, on ne meurt pas d'amour, on continue à vivre et c'est cela qui est terrible. Perdre un amour est une chose, tragique en soi. Mais derrière cet échec, c'est aussi une part de soi-même à laquelle il faut renoncer. Cette part de nous, colorée et enchantée, capable de promettre et de croire, capable de mourir d'amour.

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