lundi 10 juin 2013

Le Passé

Le Passé
Réalisateur: Asghar Farhadi.
Avec: Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa.
France, 2013.




Écrire sur ce film d'Asghar Farhadi ne m'a pas été facile, car il m'a profondément émue.
J'avais déjà beaucoup aimé Une séparation en 2011, l'histoire très juste d'un couple qui joue à la guerre, chacun restant persuadé que l'autre fera marche arrière, jusqu'à la séparation, que personne n'a réellement voulue, mais qui devient inéluctable. Farhadi est très doué pour le choix de ses titres: ses films sont ce qu'il annonce. Le passé donc cette fois, celui sur lequel on voudrait revenir, celui que l'on souhaiterait effacer et que l'on ne peut tout simplement pas toujours réécrire à sa guise.

Après quatre ans d'absence, Ahmad arrive d'Iran pour finaliser à Paris son divorce avec Marie. Cette dernière vit toujours dans la maison de banlieue qu'ils occupaient ensemble, avec ses deux filles nées d'une première union, avec son nouveau compagnon Samir et avec Fouad, le petit garçon de ce dernier. Les relations sont difficiles entre Marie et sa fille aînée lycéenne Lucie. Et on apprend peu à peu que la femme de Samir, la maman de Fouad, est dans le coma suite à une violente tentative de suicide.

Le film se déroule à Sevran et dans le 19ème arrondissement, et décrit un Paris très réaliste, bien loin de la carte postale, de celui que nous sommes des millions à vivre au quotidien en allant bosser. C'est une réussite d'autant plus remarquable que Farhadi est Iranien et ne parle pas français. Il y a comme cela des gens doués, qui ressentent et comprennent.


Ali Mosaffa,
dans le rôle d'Ahmad.
Servi par de merveilleux comédiens, dans les rôles principaux comme dans les seconds rôles, Farhadi s'attache successivement à chacun de ses personnages, dévoilant ainsi peu à peu un tableau général des relations entre les divers protagonistes, la vérité de chacun éclairant ou nuançant celle des autres. Et tout se révèle finement entremêlé: les actes, les sentiments, les motivations conscientes ou inconscientes des personnages impriment profondément leurs marques sur la situation et sur les êtres. Dans ce registre, Asghar Farhadi s'exprime avec maestria, à travers des hommes et des femmes éminemment complexes mais finalement très quotidiens, auxquels il est aisé de s'identifier.

Alors, qu'est-ce que le passé ? Que faire du poids qu'il fait peser sur nos épaules ? Comment évacuer les réminiscences qui assaillent malgré soi ? Mais le passé est peut-être avant tout dans la façon de se le raconter: une histoire... En filigrane dans cette thématique pointe celle de la vérité. Est-il seulement possible de l'approcher tant elle peut s'avérer plurielle ? Mais est-ce seulement souhaitable ? Les personnages la cherchent, la refusent ou semblent attirés par elle comme par mégarde.
"Est-ce qu'on va pouvoir vivre avec ça ?" demande Marie.
Il y a toujours de nombreuses façons de se raconter une histoire. Au fil de son récit, à travers la parole de ses personnages, Farhadi nous les fait toutes entrevoir successivement, dans un crescendo captivant et toujours juste. Existerait-il une explication qui apporterait l'ombre d'une consolation ?
Les questionnements des personnages m'ont passionnée; leurs souffrances m'ont bouleversée.
Le film est reparti de Cannes avec le prix d'interprétation féminine remporté par Bérénice Bejo. Sans avoir vu tous les films en compétition, il est toujours très difficile de juger, mais l'aura d'une Palme d'Or ne m'aurait pas paru déplacée.

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