jeudi 27 juin 2013

La fille du motel

J'adore cette chanson, que je trouve d'une très grande sensibilité.
Je me rappelle une pizzeria un peu miteuse, un mois d'août au Mas-d'Azil en Ariège.
Les plus grands succès d'Eddy Mitchell y passaient en boucle.
C'est un excellent souvenir...
 
A (ré)écouter ICI.

Bert Stern

Le photographe américain Bert Stern, né en 1929, est mort à New-York ce 25 juin.
Auteur de clichés de mode pour de prestigieux magazines, il immortalisa également de nombreuses célébrités du 7ème art, mais reste surtout dans les mémoires pour la séance photos connue sous le nom de The last sitting, qu'il réalisa pour Vogue avec Marilyn Monroe, six semaines avant la disparition tragique de l'actrice.
 
 
Elizabeth Taylor et Richard Burton, 1962.

 
 
Romy Schneider et Alain Delon, dans le Sud de la France, 1962.
 
 
Retrouvez d'autres photos de Bert Stern sur le site de Vogue Paris.


Le garçon girafe

Le garçon girafe

De: Christophe Pellet.
Mise en scène: Etienne Pommeret.

Spectacle de fin d'études des élèves de 2ème année en Cycle d'Enseignement Professionnel Initial de Théâtre, groupe 7.
Avec: Chantal Dervieux, Aurélien Feng, Clémentine Haro, Fabrice Henry, Pierre Izambert, Thomas Martin, Julien Masson, Juliette Parmantier, Candice Picaud, Lucie Raimbault, Marie Ripoll, Marie Schmitt, Ugo Strebel, Mathieu Touzé.

EDT 91, École Départemental de Théâtre
Direction: Christian Jéhanin.



Théâtre de l’Épée de Bois, La Cartoucherie,


La pièce suit sur trois décennies le parcours d'une bande de jeunes amis, qui s'aiment, se trahissent et affrontent la réalité d'une vie qui n'est pas forcément celle qu'ils s'étaient imaginés. Les victoires n'ont pas toujours les saveurs espérées, les amours la solidité rêvée et chacun se découvre finalement  bien plus veule qu'il ne l'aurait voulu.
Le spectacle est donc découpé en trois parties:
- 1ère partie: une petite ville au bord de l'océan, au cours des années quatre-vingts.
- 2ème partie: une capitale européenne, au cours des années quatre-vingt-dix.
- 3ème partie: la petite ville au bord de l'océan, au début du vingt-et-unième siècle.

Les personnages sont incarnés successivement par plusieurs comédiens, avec une parfaite fluidité, sans que le spectateur n'en soit le moins du monde gêné. Mais je dois dire que le reste m'a nettement moins convaincue. Le texte m'a semblé très banal, parfois presque manichéen dans sa représentation de la société, racontant sans éclat une histoire sans surprise. Et je dois dire que le choix de cette pièce pour de si jeunes comédiens m'a vraiment posé question. Demander à de jeunes gens de 18 ou 20 ans, l'âge par essence de tous les possibles et de toutes les espérances, d'incarner le temps qui passe et qui abîme, n'est-ce pas déjà mettre la barre beaucoup trop haut ? Jamais les comédiens n'arrivent réellement à faire leurs l'amertume et la désillusion propres à l'usure de l'existence, mais comment le pourraient-ils ? Dommage.

 

mardi 25 juin 2013

La grande bellezza

La grande bellezza
 
 
 
 
 
Réalisateur: Paolo Sorrentino.
Avec: Toni Servillo, Sabrina Ferilli, Isabella Ferrari.
Italie / France, 2013.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La grande bellezza a un parfum de décadence, de luxe, de vanité, d'égoïsme et de potentialités gâchées. Figure incontournable de la jet-set romaine, Jep Gambardella célèbre ses 65 ans et s'interroge sur le sens de sa vie. Auteur dans ses jeunes années d'un unique roman couronné de succès, il n'a plus écrit et a consacré son existence aux fêtes et aux soirées. Sortir. Être un mondain comme désir ultime.

Dans une adéquation parfaite entre le fond et la forme, Sorrentino promène le spectateur comme Jep Gambardella promène son ennui, avec un sentiment de hasard, sans qu'on n'imagine jamais qu'il puisse y avoir un but au voyage.
On croise ainsi toute une constellation de personnages sans âge: les vieux ont l'air faussement jeunes et les jeunes ont déjà l'air vieux. Une naine rédactrice en chef d'un magazine culturel, une strip-teaseuse quadragénaire et gravement malade (magnifique Sabrina Ferilli !), une ex-présentatrice de télé monstrueuse, un évêque qui prêche à coup de recettes de cuisine, une gamine bête de foire de l'art contemporain... peuplent un très curieux bestiaire, pitoyable et fascinant. Ils se côtoient depuis des décennies, s'amusent, se jalousent et cultivent leurs habitudes. Ils ne s'aiment pas. Ils ne se haïssent pas non plus.
Et Rome bien sûr, comme personnage ultime, puisque seule elle restera. Mais la ville demeure toujours à distance: elle n'est vue que de très loin, dans de magnifiques plans panoramiques, parfaits mais inhabités. Les mondains investissent des lieux splendides, mais toujours fermés, toujours secrets, où l'histoire a remplacé l'humanité. La grande bellezza est là tout autour mais elle est inaccessible.

 
 
Jep Gambardella, sur sa terrasse avec vue sur le Colisée.


Si Jep Gambardella pose un regard lucide sur cette micro-société qui l'entoure et sur ses propres lâchetés, rien ne l'ébranle jamais vraiment, ni la mort, ni les douloureuses réminiscences d'un premier amour, ni les prodiges d'une improbable Mère Teresa. Un mondain ne change pas.

J'ai beaucoup aimé ce long film de Sorrentino (2 heures 20), son humour italien, sa poésie romaine et son regard douloureux sur les êtres. La scène où une vieille aristocrate déchue pleure sur son passé dans un musée, devant un vieux berceau, en écoutant l'audio-guide dérouler sa propre histoire, est tout simplement splendide !

lundi 24 juin 2013

Joséphine

Joséphine
Réalisatrice: Agnès Obadia.
Avec: Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Bérangère Krief.
France, 2013.




Joséphine reprend tous les codes (les poncifs ?) du "film de fille."
- Une presque trentenaire ultra sympa mais un peu paumée galère entre ses problèmes de mecs et de boulot.
- Elle se perd dans des imbroglios sentimentaux sans voir que le grand amour n'est peut-être pas si loin...
- Elle vit seule avec son chat prénommé Brad-Pitt.
- Elle est excessive et maladroite.
- Elle se venge sur les chips et le chocolat, maudit un popotin un brin encombrant mais adore les petites robes fleuries.
- Sa mère la compare sans cesse à sa sœur si parfaite alors que sa Mamita excentrique la soutient quoiqu'il arrive.
Nous retrouvons même la scène du mariage annulé à la dernière seconde, avec la promise qui s'échappe ventre à terre et traîne au vent.

Bref, tout est convenu dans Joséphine, mais ça fonctionne tellement bien. Malgré un début un peu poussif, on rit beaucoup et on s'attache à cette Joséphine incarnée par une Marilou Berry dynamique et pétillante. Joséphine est donc une très bonne comédie romantique dont on sort le cœur léger et le sourire aux lèvres.

dimanche 23 juin 2013

Tony Soprano

 
 
James Gandolfini est mort mercredi dernier à Rome à l'âge de 51 ans, ce qui m'a beaucoup peinée.
 
Il reste pour moi, comme pour beaucoup je suppose, l'inoubliable interprète de Tony Soprano, le parrain mafieux dépressif du New-Jersey dans les six saisons de la série The Sopranos. Avec un jeu tout en puissance et en nuances à la fois, Gandolfini avait su incarner toutes les contradictions d'un personnage, et réellement abject, et profondément touchant.
 
Les Soprano demeurent associés à une période particulièrement triste de ma vie, où je passais beaucoup de temps dans mon lit, fumant des clopes, allant de temps en temps me faire du thé dans la cuisine et contemplant la pile de courrier non ouvert grimper doucement. J'ai dû regarder toute la série en deux ou trois semaines, enchaînant les épisodes. Je me souviens que j'avais la nuit tombée des conversations téléphoniques avec un homme qui traînait par intermittence dans ma vie. Je lui faisais le compte des heures passées dans mon lit - "j'en suis à trois jours consécutifs..." - et je lui racontais les séances de psy de Tony Soprano et ses conflits avec sa mère qui se réglaient à coup de meurtres commandités. Je crois qu'il n'y comprenait pas grand chose. Il finissait toujours par me demander ce que je portais. Je crois qu'il ne comprenait pas grand chose non plus à qui j'étais. C'est sans doute exagéré, mais quand je repense à cette période finalement très horizontale, je me dis que Les Soprano, avec leurs scénarii impeccables et leurs personnages magistraux, m'ont un peu tirée du néant en me racontant une très longue histoire.
 
Quitte à mourir, autant mourir à Rome. James Gandolfini n'en méritait pas moins.


samedi 22 juin 2013

We were horses

We were horses

Carolyn Carlson et Bartabas
Centre chorégraphique national de Roubaix & Académie du spectacle équestre de Versailles
16 danseurs et 9 cavaliers.
Musique: Philip Glass.
 
Grande Halle de La Villette, jusqu'au 23 juin.


Bien sûr, We were horses fait partie de ces spectacles que l'on ne voit pas tous les jours. Certes, la rencontre entre le théâtre équestre et la danse contemporaine crée des moments d'une grande beauté. Mais pour ma part, si j'ai suivi cette création sans ennui, je ne suis néanmoins jamais réellement entrée dedans.

Peut-être que les chevaux n'exercent pas sur moi un pouvoir de fascination assez grand. Ce sont des animaux magnifiques, aux robes somptueuses, aux belles crinières brossées et parfois nattées et au port majestueux de monarques à quatre pattes. Ils sont agréables à contempler mais ne m'émeuvent pas outre mesure. Et les chorégraphies de Carolyn Carlson ont à peu près le même effet sur moi. Les gestes saccadés et les mouvements très décomposés, qui transforment les corps en troncs d'arbres noueux qui auraient décidé de se mouvoir, ne sont pas sans intérêt mais me laissent froide. Ajoutez malheureusement à ce manque d'inclination profonde la musique de Philip Glass, répétitive, entêtante et finalement assez pénible; j'ai entendu d'ailleurs de nombreux spectateurs s'en plaindre.

 


Le cercle est un des éléments visuels principaux de ce spectacle. Les danseurs évoluent majoritairement sur un plateau central circulaire autour duquel tournent les animaux. Tous multiplient les courses éperdues: hommes et chevaux gravitent autour d'une idée de concorde, de respect, de confiance et de coopération. Cavaliers et chevaux, danseurs et danseuses, hommes, bêtes et nature, tous constituent une petite part d'un même grand ensemble harmonieux, rond comme le monde.  L'idée me touche assez peu et les formes narratives pour l'exprimer m'ont semblé très répétitives. J'ai beaucoup aimé par contre les moments durant lesquels les cavalières dansent sur les chevaux en mouvement, mais ils ont été beaucoup trop rares à mon goût.

Premier spectacle de Bartabas qu'il m'était donné de voir, We were horses a donc globalement été une déception pour moi.
Une chose est sûre, I have never been a horse.

vendredi 21 juin 2013

La nuit la plus courte de l'année

21 juin: c'est l'été !
Pour être totalement sincère, je vois en ce moment même de très gros nuages très noirs par ma fenêtre.
Mais avec un peu d'imagination...



jeudi 20 juin 2013

Into the groove

Lorsque j'étais adolescente, j'ai vu Recherche Susan désespérément des dizaines et des dizaines de fois, si bien que les premières mesures de la chanson me font encore un peu frissonner.
Sincèrement, je ne sais pas ce que j'y trouvais; je n'aimais pas spécialement Madonna et je crois n'avoir jamais pensé qu'il s'agissait là d'une œuvre impérissable. Le mystère d'avoir 14 ans !
Je me rappelle d'une réplique de la fameuse Susan: "On se fait une toile ?" J'ignore si ça me vient de là, mais aujourd'hui encore, il m'arrive très souvent de croire qu'aller au cinéma peut tout arranger. Au moins pendant deux heures.
 
 

Passe-Frontières

Passe-Frontières 
Création théâtrale interactive, extrait.

Mise en scène: Naïma Taleb.
Texte: Seyhmus Dagtekin.
Avec: Audrey Brume, Samir De Luca, Jean-Marc Dethorey, Yi Han Jen, Véronique Meder, Aurélien Péréol et Estelle Virepinte.

Au Centquatre à Paris, dans le cadre du festival Futur en Seine.

 "Quelqu'un m'entend ? Pourquoi je n'entends que le bruit de mes pas ?"

Le spectacle réunit sept personnages de diverses origines, qui se croisent, s'ignorent ou se télescopent. Chacun raconte un morceau de son histoire, teinté de légende ou de mythe, puisqu'une déesse mystérieuse semble présider à leurs destinées. Seyhmus Dagtekin a travaillé au sein d'ateliers d'écriture dans lesquels se sont exprimés des habitants du quartier de la Porte Montmartre et de la Porte de Clignancourt dans le 18ème arrondissement de Paris, pour la plupart migrants. Ces hommes et ces femmes évoquent leurs souvenirs patinés du merveilleux propre à leurs cultures et Dagtekin leur a donné une forme théâtrale. Si certains moments sont authentiquement très beaux et très poétiques, l'ensemble pêche néanmoins au niveau de la cohérence. Patchwork d'histoires individuelles, la pièce m'a paru manquer d'idées directrices et d'une réelle ambition d'ensemble. Je pense que ce Passe-Frontières, riche d’indéniables qualités, gagnerait à être associé à un autre texte afin de créer une pièce plus longue, comme cela a été fait à plusieurs reprises cette saison à Paris, avec notamment Woyzeck [Je n'arrive pas à pleurer] au Montfort Théâtre ce printemps.

Je n'ai par contre aucune réserve concernant le travail de mise en scène et le jeu des comédiens, que j'ai beaucoup appréciés.  Les acteurs occupent l'espace à la manière d'électrons libres et les corps expriment beaucoup des solitudes, des peurs, des espoirs et des conflits. Le travail sur le mouvement mais surtout sur le déplacement, en exploitant au mieux les aptitudes de chacun, m'a paru très abouti.

Enfin, il s'agit d'une création théâtrale interactive, mais pour être sincère, je ne l'ai remarqué qu'à la sortie en lisant la plaquette ! Par le biais de capteurs, les comédiens déclenchent la projection d'images sur un écran et sur des tissus, mais je n'ai pas le sentiment que les spectateurs s'y soient beaucoup intéressés. Mais il faut dire également que la salle du 104 a beaucoup desservi le spectacle, qui méritait bien mieux: un espace exiguë, perméable aux bruits extérieurs et ne permettant pas une bonne visibilité en cas d'affluence. De ce fait, difficile de remarquer les petits détails...
J'espère que la compagnie pourra se produire dans un lieu plus adapté dans les prochains mois.

mercredi 19 juin 2013

Palazzo Fendi, Roma

Une envie soudaine d'aller regarder les belles boutiques, les magnifiques objets que je ne pourrai jamais me payer. Et il n'y a pas que la rue St Honoré dans la vie...
 
 


lundi 17 juin 2013

SODA - Soyons Oublieux des Désirs d'Autrui

SODA - Soyons Oublieux des Désirs d'Autrui
 
Saga théâtrale en 8 épisodes, 11 heures, 14 comédiens, 4 musiciens, une quinzaine de pop songs.
Théâtre de l'Aquarium, La cartoucherie.
 
De: Nicolas Kerszenbaum, Denis Baronnet et Ismaël Jude.
Mise en scène: Nicolas Kerszenbaum.
Scénographie: Thibaut Fack.
Paroles des chansons: Denis Baronnet et Nicolas Kerszenbaum.
Composition et musique live: Denis Baronnet et Jérôme Castel, Benoît Prisset, Ronan Yvon.
Avec: Bertrand Barré, Magali Caillol, Laurent Charpentier, Françoise Cousin, Elsa Hourcade, Isabel Juanpera, Cyrille Labbé, Catherine Morlot, Clotilde Moynot, Céline Pérot, Ludovic Pouzerate, Xavier Tchili, Jean-Baptiste Verquin et Clément Victor.
Musiciens: Denis Baronnet, Jérôme Castel, Benoît Prisset et Ronan Yvon.
 
 
Si l'On Décidait d'Agir,
Saurait-On Décoller Aujourd'hui ?

"Être, dans l'action, et oublieux des désirs d'autrui: voilà le double dessein de SODA - faire les choses, même si elles ne paraissent pas raisonnables.
SODA développe deux trames autour de vingt personnages - parmi lesquels un arbre, quelques morts et de nombreux vivants. S'y conjuguent deux grossesses parallèles, dans un Paris d'aujourd'hui teinté de fantastique: huit épisodes successifs, correspondant chacun à un mois, de novembre à juin.
SODA est une fiction qui parle de fictions: de la nécessité de s'inventer hors de ses propres schémas de transmission, de dire non à l'hérédité, d'inventer ses propres modèles identitaires et familiaux - puisque ceux qu'on nous donnait pour acquis ne se sont révélés que de glorieux leurres. Pour reprendre une phrase de Rushdie qui a aiguillonné SODA, "l'homme n' a pas de racines, mais des pieds, dont il doit se servir pour marcher."
SODA est un conte de l'entre-deux, où les personnages ne rentrent pas dans les cases qu'on leur a pourtant assignées: je suis un adolescent amoureux de l'amant de ma mère; je ne suis ni Française de souche ni Algérienne de culture; je suis une bourgeoise sans argent; je suis un fantôme qui ignore tout de sa condition de mort."
Extraits de la plaquette de présentation du spectacle.
 
 
En tant que spectateur, on ne se rend pas à une représentation de près de onze heures comme à une pièce au format plus conventionnel: on ressent une réelle excitation mêlée d'une petite part d'appréhension. Le sentiment de vivre une expérience peu ordinaire, en étant partie prenante d'un cheminement artistique auquel on consacre toute une journée, est très fort. "Tu verras, c'est très immergeant", m'avait dit à juste titre mon ami Aurélien.
 
SODA est une fresque foisonnante où on ne s'ennuie jamais. C'est même carrément addictif.

Réunissant près d'une vingtaine de personnages, SODA met en scène deux grossesses simultanées, celle de Leyla Peznec, 26 ans, employée à temps partiel d'un centre d'appel, un peu paumée, et celle de Catherine Delmotte, jeune secrétaire d'Etat à la parité, terriblement ambitieuse, qui se rêve un destin d'icône populaire. Autour de ces deux femmes gravitent de nombreux personnages, plus ou moins en lien les uns avec les autres: des membres de leurs familles, des amants, une conseillère en communication, etc. Au fil de l'intrigue, les relations s'entremêlent et se complexifient. Les caractères se dévoilent, des personnalités implosent. Ce n'est pas tant que les protagonistes ne sont pas ce qu'ils paraissent être. Bien au contraire, comme souvent dans la vie, ils sont pleinement ce dont ils ont l'air, mais dans le même temps, ils sont aussi autre chose, se révélant éminemment complexes et ce, de façon totalement réjouissante. Puis au fur et à mesure des épisodes, apparaissent des êtres plus énigmatiques: fantômes, morts qui se croient encore vivants (les vivimorts !), arbres majestueux qui n'en peuvent plus de leur inactivité du haut de leurs 130 ans...




Leyla Peznec et Catherine Delmotte.


Les lieux où évoluent les différents protagonistes ne sont pas moins intrigants. On part d'un Paris très contemporain, avec ses quartiers, ses cuisines dans de petits appartements, ses bistrots et ses tours à Nanterre, pour découvrir peu à peu que la ville est entourée d'une forêt merveilleuse et inquiétante, digne des plus sombres contes de notre enfance. Rongés par un mystérieux mal rose, une terrible épidémie de fausses-couches sanglantes, la ville et ses habitants s'enfoncent dans la folie et le délitement.
 
Le décor, composé de petits plateaux colorés disposés à différentes hauteurs, est tout particulièrement réussi. Il délimite les espaces tout en permettant la circulation. Les branches d'arbres qui pendent au-dessus des têtes suffisent à recréer l'ambiance oppressante et menaçante de la forêt.
 
Tout comme l'histoire, riche et plurielle dans ses significations, les formes narratives sont multiples: le monologue, la chanson pop, la scène dialoguée, le poème, le blog... C'est un ravissement pour le spectateur qui s'attache passionnément aux personnages durant les onze heures de spectacle.
 
Il y a dans SODA du conte, de la tragédie antique et de la réalité sociale. Mais il y a surtout dans SODA de la série télé et du soap-opéra, transformés en pièce de théâtre. Est-ce vraiment un hasard si l'on retrouve le duo infernal Jill / Catherine comme dans Les feux de l'amour ? Les décors de villes et de forêts dévorantes et les personnages qui flirtent sans cesse avec le précipice m'ont beaucoup évoqué Twin-Peaks, la série télé de Mark Frost et David Lynch, ainsi que Doggy bag, le feuilleton littéraire de Philippe Djian. On est dans la même veine, avec tout autant de talent.
 
C'est peu dire que j'ai adoré SODA. Je prie pour qu'il y ait une saison 2.

Don d'organes


 
 
Le 22 juin sera la 18ème journée nationale de réflexion sur le don d'organes.

mercredi 12 juin 2013

Isaac le mystérieux

Secret Isaac
roman de Jérôme Charyn, 1978.
 
 
 
Avec Isaac le mystérieux, Jérôme Charyn nous livre le quatrième volet des enquêtes d'Isaac Sidel, policier new-yorkais atypique et tourmenté.
Charyn pose et installe peu à peu une ambiance captivante et opaque, en utilisant finalement peu de mots, à peine quelques noms de lieux évocateurs qui nous plongent dans un New-York aussi sale que dangereux et dans une Irlande tout sauf bucolique. Ce sont finalement les portraits des hommes qui décrivent le mieux l'endroit où ils vivent. Le lecteur est comme happé par cet univers sombre; le réalisateur Nicolas Winding Refn, qui se rêve en roi des décors glauques, serait à bonne école s'il s'en inspirait...
Les personnages ne sont pas moins intéressants: complètement ravagés mais en même temps très solides, comme s'ils avaient un destin à accomplir, peu importe ce qu'ils laissent en route, peu importe si leurs quêtes sont parfois au-delà du rationnel. L'ambiguïté est omniprésente: le flic le plus puissant de la ville est un clochard crasseux et famélique, obsédé par une magnifique prostituée défigurée, comme le double-face des Comics. Il écume les bas-fonds de New-York et les palaces de Dublin, infesté par un ver qui le ronge de l'intérieur mais qui est comme un compagnon, presque une mémoire vivante.
"Et j'ai fini par l'aimer mon ver." p. 57.
L'intrigue n'est pas l'essentiel du roman: on la suit bien sûr, mais ce sont l'atmosphère et les contradictions des personnages qui envoûtent le lecteur. Et une bonne dose d'humour noir et de dérision.
"Le gardien, à l'odeur de l'argent, passa la tête par la vitre. Il portait un épais bonnet de laine.
 - Qu'est-ce que vous voulez ?
- Une tombe, dit Dermott.
- Pour vous ?
- Non. Je cherche une fille qu'on a enterrée ici." p. 284.

lundi 10 juin 2013

Le Passé

Le Passé
Réalisateur: Asghar Farhadi.
Avec: Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa.
France, 2013.




Écrire sur ce film d'Asghar Farhadi ne m'a pas été facile, car il m'a profondément émue.
J'avais déjà beaucoup aimé Une séparation en 2011, l'histoire très juste d'un couple qui joue à la guerre, chacun restant persuadé que l'autre fera marche arrière, jusqu'à la séparation, que personne n'a réellement voulue, mais qui devient inéluctable. Farhadi est très doué pour le choix de ses titres: ses films sont ce qu'il annonce. Le passé donc cette fois, celui sur lequel on voudrait revenir, celui que l'on souhaiterait effacer et que l'on ne peut tout simplement pas toujours réécrire à sa guise.

Après quatre ans d'absence, Ahmad arrive d'Iran pour finaliser à Paris son divorce avec Marie. Cette dernière vit toujours dans la maison de banlieue qu'ils occupaient ensemble, avec ses deux filles nées d'une première union, avec son nouveau compagnon Samir et avec Fouad, le petit garçon de ce dernier. Les relations sont difficiles entre Marie et sa fille aînée lycéenne Lucie. Et on apprend peu à peu que la femme de Samir, la maman de Fouad, est dans le coma suite à une violente tentative de suicide.

Le film se déroule à Sevran et dans le 19ème arrondissement, et décrit un Paris très réaliste, bien loin de la carte postale, de celui que nous sommes des millions à vivre au quotidien en allant bosser. C'est une réussite d'autant plus remarquable que Farhadi est Iranien et ne parle pas français. Il y a comme cela des gens doués, qui ressentent et comprennent.


Ali Mosaffa,
dans le rôle d'Ahmad.
Servi par de merveilleux comédiens, dans les rôles principaux comme dans les seconds rôles, Farhadi s'attache successivement à chacun de ses personnages, dévoilant ainsi peu à peu un tableau général des relations entre les divers protagonistes, la vérité de chacun éclairant ou nuançant celle des autres. Et tout se révèle finement entremêlé: les actes, les sentiments, les motivations conscientes ou inconscientes des personnages impriment profondément leurs marques sur la situation et sur les êtres. Dans ce registre, Asghar Farhadi s'exprime avec maestria, à travers des hommes et des femmes éminemment complexes mais finalement très quotidiens, auxquels il est aisé de s'identifier.

Alors, qu'est-ce que le passé ? Que faire du poids qu'il fait peser sur nos épaules ? Comment évacuer les réminiscences qui assaillent malgré soi ? Mais le passé est peut-être avant tout dans la façon de se le raconter: une histoire... En filigrane dans cette thématique pointe celle de la vérité. Est-il seulement possible de l'approcher tant elle peut s'avérer plurielle ? Mais est-ce seulement souhaitable ? Les personnages la cherchent, la refusent ou semblent attirés par elle comme par mégarde.
"Est-ce qu'on va pouvoir vivre avec ça ?" demande Marie.
Il y a toujours de nombreuses façons de se raconter une histoire. Au fil de son récit, à travers la parole de ses personnages, Farhadi nous les fait toutes entrevoir successivement, dans un crescendo captivant et toujours juste. Existerait-il une explication qui apporterait l'ombre d'une consolation ?
Les questionnements des personnages m'ont passionnée; leurs souffrances m'ont bouleversée.
Le film est reparti de Cannes avec le prix d'interprétation féminine remporté par Bérénice Bejo. Sans avoir vu tous les films en compétition, il est toujours très difficile de juger, mais l'aura d'une Palme d'Or ne m'aurait pas paru déplacée.

jeudi 6 juin 2013

mardi 4 juin 2013

Venise

Retourner à Venise.
Aller voir des expos un peu étranges, prendre des Vaporettos au hasard, boire des cafés en écrivant des cartes postales et regarder la lagune pendant des heures.
 
 
 
 
Sauf que je suis à Paris et que mon seul voyage prévu dans les prochains jours, c'est un billet de train pour Troyes...

lundi 3 juin 2013

Rendez-Vous rigolo au Palais de Tokyo

Cette semaine, l'émission de France Culture, Le Rendez-vous, qui avait lieu en direct au Palais de Tokyo comme tous les vendredis, était disons... surprenante !
Mais n'allons pas trop vite et suivons le fil de l'émission...
 
Le journal de la culture avait pour thème la 55ème Biennale de Venise qui ouvre ses portes le samedi 1er juin, avec la participation du Vatican, ce qui est une grande première. La Cité pontificale a vraiment mis les moyens, avec beaucoup de commandes, sur le thème de la Genèse mais "sans prosélytisme." Cette implication est assez étonnante car jusqu'à présent, la politique du Saint Siège en matière d'art contemporain était quasi-nulle. Il n'y a d'ailleurs aucune œuvre contemporaine au Musée du Vatican. La Biennale sera-t-elle alors l'esquisse d'une véritable ambition pontificale dans ce domaine ? Rien n'est moins sûr. Les œuvres exposées à Venise n'intégreront peut-être même pas les collections du célèbre musée romain. De toute façon, je déteste le Vatican depuis que j'ai été refoulée de Saint-Pierre comme une malpropre l'été dernier car trop court vêtue...
 
Les brèves suivaient.
Le Commissaire européen au commerce extérieur a déclaré que l'Union Européenne voulait exclure la littérature, le cinéma et l'audiovisuel des discussions avec les États-Unis sur le dossier du libre-échange. Mais cela ne répond pas à l'exigence française d'exclure ce secteur du mandat des négociations.
Le rappeur Orelsan, inoubliable auteur-interprète de la chanson Sale pute, a été condamné à une amende de 1000 € avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour injures et provocation à la violence à l'égard des femmes. "La liberté de création artistique ne saurait valoir excuse absolutoire" a décidé le tribunal. C'est un vrai débat.
Le Prix du Polar SNCF vient d'être décerné dans trois catégories: roman, bande dessinée et court-métrage. Plus d'infos ICI.
La mémoire de l'auteur de SF Jack Vance, très récemment disparu, a été saluée aux États-Unis. N'étant vraiment pas fan de science-fiction, je ne le connaissais pas.
Pour finir, une histoire de cambriolages à Lyon, dont la majorité a eu lieu dans des résidences universitaires. La police a utilisé une technique peu banale: ayant remarqué qu'il y avait eu contact entre la porte d'entrée et l'oreille du malfaiteur, elle a relevé les empruntes. Or, les oreilles sont comme les traces papillaires, uniques pour chaque individu. Le cambrioleur a donc été trahi par son oreille.



Christine and the Queens était l'invitée de la session pour son album Nuit 17 à 52. Christine est le nom de scène et le double d'une très jolie jeune femme prénommée Eloïse, ancienne khâgneuse. (Et oui, tous les anciens khâgneux ne sont pas devenus de vilains professeurs...) Cette jeune personne toute frêle, très élégante en pantalon noir, chemise tachetée noire et blanche et veste corail, m'a impressionnée par sa belle voix mélodique. Elle a interprété sa chanson The loving cup, à la fois planante et rythmée et une sublime reprise de Photos souvenirs de William Sheller, un morceau que j'adore. Christine and the Queens se produira le 8 juin prochain à la Villa Médicis à Rome: j'aimerais tellement pouvoir y aller !








Très grande surprise ensuite: l'invité était Maxime Chattam pour son roman La conjuration primitive. Lorsque j'ai pris connaissance du programme de l'émission avant d'y aller, je n'ai eu qu'une réaction: "Maxime Chattam ? Et pourquoi pas Marc Lévy tant qu'on y est ?!"
Je me permets à ce propos une petite digression concernant ce cher Marc Lévy. Je l'ai vu et entendu dire de mes propres oreilles dans une émission de télé cette phrase culte: "il y a une vérité du mot qui s'attache au personnage." Face à lui, une Marie Drucker tout sourire faisait oui-oui de la tête, mais je suis désolée, "il y a une vérité du mot qui s'attache au personnage", ça ne veut rien dire. J'ai cherché, j'ai même interrogé à ce propos une prof de lettres (ancienne khâgneuse) qui était d'accord avec moi. Je suis néanmoins ouverte à toute tentative d'interprétation: contactez-moi...
Mais revenons à Maxime Chattam, qui n'est pas moins intéressant. C'est un auteur prolifique de romans fantastiques et de thrillers qui, lassé des États-Unis, a choisi de mettre au centre de son nouveau roman la Section de Recherche de Paris. Les experts Aubervilliers en quelque sorte... Mais selon son expression "construisons l'Europe du crime", l'intrigue se déroule successivement en Pologne, en Écosse et au Québec (qui bien que francophone, n'est pas en Europe.) Maxime Chattam nous a décrit longuement son processus d'écriture et son bureau, face à une baie vitrée donnant sur la forêt, décoré d'une momie et d'un (faux) loup-garou empaillé. Une vraie caricature, plutôt drôle d'ailleurs ! En même temps, on le voyait assez mal écrire au cristal bic sur un bureau Ikea, avec la photo du chien devant un bol de croquettes, dans un deux-pièces-cuisine du Haut-Montreuil... Il structure beaucoup son récit avant de passer à la phase d'écriture, ce qui lui permet ensuite de mener à bien son travail de documentation. Il a d'ailleurs suivi une formation en criminologie afin de nourrir ses ouvrages. Son roman contient beaucoup de descriptions de corps musculeux et de forces de la nature, avec une référence à Musclor, He-Man en anglais, le héros de notre enfance. Les scènes de crimes sont précises: il ne cherche pas à être gore, mais ne veut pas non plus être lénifiant: "je laisse peu de place à l'imagination du lecteur, je décris tout." Son héros a "un côté bigger than life comme disent les Américains."
Mais le moment le plus savoureux reste celui où Laurent Goumarre lui a rappelé son passé d'acteur de théâtre dans Angélique marquise des anges; on sentait que Chattam aurait donné cher, très cher même, pour que ce sujet épineux ne soit pas abordé. La belle assurance s'est fissurée, j'en ris encore !
En conclusion, je ne sais pas si La conjuration primitive fait peur, mais l'interview de son auteur était vraiment réjouissante.
 
Pas de chronique cette semaine, car Thomas Clerc était à Venise pour la Biennale. Il m'a beaucoup manqué. Et j'aimerais tellement pouvoir aller à la Biennale moi aussi !
 
 
Le dernier invité était Xavier Mauméjean, membre du Collège de Pataphysique, pour son roman American Gothic.
En partant d'une vrai-fausse biographie de Daryl Leyland,  un auteur de contes, et de Van Doren, un illustrateur psychotique travaillé par un imaginaire pédophile, Xavier Mauméjean interroge le besoin d'Hollywood de se doter de mythologies et de légendes. Nous retrouvons donc Alice, Blanche-Neige et Dorothy du Magicien d'Oz, des filles solides, qui s'en sortent. Le titre évoque évidemment American Gothic, le tableau de Grant Wood, très populaire aux États-Unis et très souvent parodié. Cette œuvre picturale véhicule selon Xavier Mauméjean une idée de démesure, de ténèbres et d'exagération: "sont-ils intimidés ou vont-ils vous coller la fourche dans l'estomac ?"
 
 


Ce roman qui plonge dans la construction de l'imaginaire américain est assez tentant et offre une belle conclusion à l'émission.


Est-ce que Marc Lévy sera un jour invité au Palais de Tokyo ? Je suis sûre que ça aurait des effets incroyablement positifs sur mon moral.


samedi 1 juin 2013

Horoscope de juin: chiffons & réflexion

Avec l'arrivée de l'été, l'envie de faire une pause devient de plus en plus pressante ! Juin vous fera vivre une période de ralentissement et de blocage, tant en amour que sur le plan professionnel. Vous n'éprouvez plus les mêmes sentiments pour votre partenaire, mais pas de panique, ce terrain est délicat et comprend des hauts et des bas. Même les signes de tiédeur font partie du jeu et préludent souvent à des périodes enflammées ! Si vous êtes au début d'un flirt, vous aurez envie de faire une pause de réflexion sur la tournure à donner à cette relation. Prenez votre temps mais écoutez également votre cœur !

Et le look ? Appeal military chic pour la veste en denim enrichie de détails contrastés. À la fois easy et raffinée !
 
 
 
TWIN-SET Simona Barbieri vous voit...
RÉFLÉCHIE