vendredi 31 mai 2013

Boîte de Pandore

C'est un peu comme si toute la mythologie grecque ne cessait de m'assaillir; peu importe où se posent mes yeux, où traînent mes oreilles, il me semble qu'il y a toujours un dieu ou un héros dont l'histoire m'interpelle, souvent assez cruellement. Les mythes anciens ne sont pas des horoscopes, je le sais et pourtant, j'ai tendance en ce moment à les envisager sous cet angle. Et quand bien même, les horoscopes ne sont jamais que des horoscopes, mais quand ils peuplent les abysses, ils tournent et retournent dans les nuits sans sommeil.
J'ai une petite boîte de Pandore personnelle. Pour autant que je m'en souvienne, j'ai eu du mal à la refermer, ça m'a pris du temps. Une petite fille l'a fait tomber et la voici grande ouverte. Sans doute était-elle restée entrebâillée, sans doute n'ai-je jamais été capable de la jeter au loin...
Maintenant que les pires calamités volettent allégrement tout autour de moi, dans mon appartement, dans la rue, dans le métro et chez la boulangère, que puis-je faire ? Attendre que Dionysos vienne me chercher sur la grève de Naxos ou trouver enfin le courage de refermer le livre ?

The Great Gatsby

The Great Gatsby

Réalisateur: Baz Luhrmann
Avec: Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan.
Australie / U.S.A, 2013.




Avec The Great Gatsby, Baz Luhrmann reprend un peu la même recette que dans son Romeo + Juliet de 1996. Il part d'un classique de la littérature (du XXème siècle cette fois) auquel il donne un petit air contemporain à coup de fêtes vitaminées et démesurées, sonorisées à la musique pop. Son film prend alors un peu des allures de vidéo clip géant, dimension encore accentuée par la 3D, à laquelle je m'habitue un peu mais dont je ne suis définitivement pas fan. Peut-être que cet aspect fun et coloré était un peu plus réussi dans Romeo + Juliet; peut-être aussi que j'étais beaucoup plus jeune à l'époque et plus sensible à ces ambiances de fiesta.
Pour autant, ces deux films ne sont pas vidés de toute substance: la profondeur de l'œuvre littéraire demeure. Mais on ne peut pas dire pour autant que Baz Luhrmann leur apporte un supplément d'âme.
 
The Great Gatsby nous raconte donc l'histoire tragique de ce milliardaire romantique de basse extraction, écrasé par une haute société cynique qui ne cesse jamais de le mépriser.
Décors et costumes sont assez magnifiques et derrière le palais de conte de fée où les objets sont rois pointe déjà le château hanté en ruines de la fin, chronique de pierre d'une catastrophe annoncée.
Sans être exceptionnel, Dicaprio assure le job et campe un Gatsby efficace mais sans surprise.
Carey Mulligan, malgré toute son élégance et sa beauté diaphane, est décevante. Elle incarne du début à la fin une Daisy sans aspérité, or le personnage aurait mérité bien plus de complexité.
C'est le narrateur, incarné par Tobey Maguire, qui est selon moi le plus réussi (et à ce propos, l'abus de la voix-off dans les adaptations de romans est un des écueils que Luhrmann n'a pas su éviter...) A la fois acteur et spectateur, ce Go-between à la Losey est peut-être celui chez qui les émotions sont les plus authentiques et les plus complexes. Jouet des puissants, il reste profondément abîmé par leurs jeux dangereux et sublime ses blessures par l'écriture. C'est un beau personnage.

The Great Gatsby reste agréable sans jamais être transcendant. On passe un bon moment. Et pourquoi pas, puisqu'on en passe déjà assez de très mauvais comme ça...

Back to black ?

La Revue des Deux Mondes, octobre-novembre 2012

Alors là évidemment, nous ne sommes pas dans l'actualité brûlante, loin s'en faut. J'ai d'ailleurs un scoop: Barack Obama a été réélu !
En fait, j'ai récupéré un peu par hasard cet exemplaire d'octobre-novembre 2012 de la Revue des Deux Mondes, et bien qu'elle date déjà de six mois, je m'y suis plongée.




Qu'est-ce que la Revue des Deux Mondes ? Rien de moins que la plus ancienne revue en Europe. Elle a été fondée en 1829 par François Buloz. Son actuel directeur est Michel Crépu, bien connu des auditeurs du Masque et la Plume sur France Inter.
"Au long des années, on pourrait presque dire des siècles… la Revue des Deux Mondes s’est imposée comme un pôle incontournable de la vie intellectuelle française et européenne (Goethe en était un fidèle lecteur). Au croisement de l’histoire, de la littérature et de la politique, elle souhaite, dès l’origine, incarner l’humanisme hérité des Lumières, cela dans un souci de connaissance, de curiosité pour les sociétés extra-européennes, qu’il s’agisse de l’Amérique, de la Russie ou des mondes africains, asiatiques."
Alors disons-le tout net, nous ne sommes pas là dans une tribune engagée de la lutte des classes. Donc outre leur aspect désormais un peu daté, je ne me suis pas reconnue dans les articles politiques et économiques et je m'y suis peu intéressée. J'ai ainsi laissé de côté Le dollar résistera-t-il à la montée en puissance du yuan ? d'Annick Steta. De même, Éloge du dialogue social par Michel Sapin, c'en était trop pour moi. Mais j'ai néanmoins appris que le grand-père du ministre lui avait légué tous les numéros de la Revue des Deux Mondes parus entre 1922 et 1937. Merci Papy ! Voilà qui peut être utilement revendu aux enchères sur internet en cas de redressement fiscal...
Mais trêve de mauvais esprit, les articles littéraires sont assez captivants. Ce sont vraiment eux qui constituent l'intérêt de la publication.
 
Le journal littéraire de Michel Crépu, qui est un journal de lectures au jour le jour au ton très personnel, presque intime, est vraiment passionnant. Il revient notamment sur les Lettres à Milena de Kafka.
 
Un entretien avec Pierre Buhler, diplomate et ancien professeur associé à Sciences Po, est intitulé La nouvelle grammaire de la puissance. Malgré quelques idées convenues (et fausses à mon avis) concernant l'Union Européenne, il y brosse un tableau instructif de la géopolitique actuelle, revenant notamment sur la différence entre les notions de pouvoir et de puissance.
 
Marin de Viry, essayiste, nous propose La critique, exercice charitable (un article pour adultes.) Il se penche sur le roman de Christine Angot, Une semaine de vacances, qu'il n'a pas du tout aimé, non pas à cause de son côté pornographique (un nombre impressionnant de fellations !) ni à cause de l'écriture, mais du fait de son intention, ou tout du moins de ce qu'il perçoit comme tel. Nous sommes donc dans une "critique d'intention."
"Dans ce roman, la relation avec le lecteur est marquée par un coup de force, pas par l'intelligence." (p. 59)
Mais Christine Angot ayant l'habitude de se faire éreinter à tout propos, elle doit à mon avis toujours dormir sur ses deux oreilles... 
 
Mélodie slovène est un entretien très intéressant avec l'écrivain slovène Drago Jančar, né en 1948. Plusieurs de ses ouvrages sont traduits en français: Aurore boréale, Éthiopiques et autres nouvelles et Katarina, le paon et le jésuite.
 
Nous rencontrons ensuite Alistair Cooke, un journaliste anglais né en 1908 à Manchester, qui fut correspondant du Guardian à New-York pendant vingt-cinq ans. A la dure - 15 octobre 1948 est donc un article vintage, qui raconte l'histoire des pionniers en route pour l'ouest en traçant un parallèle bourré d'humour avec les mentalités des Américains des années 1940. Cet article savoureux nous en dit autant sur les autochtones observés que sur son auteur, somme toute encore très british bien qu'il soit devenu citoyen américain en 1941.

Avec Les mormons, des progressistes très conservateurs, Anne-Lorraine Bujon de L'Estang nous plonge au cœur de cette communauté religieuse, en nous racontant ses origines, son poids démographique très relatif aux États-Unis, mais de plus en plus important dans la société. Comme souvent avec les illuminés, ils prêtent d'abord à rire (apparition de Dieu, de Jésus et de l'ange Moroni dans un coin perdu de l'État de New-York au début du XIXème siècle !) avant de devenir franchement effrayants. Une telle adhésion à des pseudo-doctrines indigentes et indigestes a toujours quelque chose de consternant pour un esprit français je trouve.

Un entretien avec la journaliste du New York Times Elaine Sciolino permet de revenir sur les rapports entre Vie privée, vie publique, et les conceptions radicalement différentes qui existent en France et aux États-Unis sur le sujet. Elaine Sciolino interroge la collusion entre journalistes et politiques et, ce qui selon moi est le plus intéressant, pose la question de l'intérêt des patrons de presse en France.

La Littérature américaine contemporaine est ensuite mise à l'honneur.
Il n'y a pas véritablement d'écoles ou de tendances dans la littérature américaine d'aujourd'hui, mais plutôt des auteurs, ayant chacun leurs propres caractéristiques. Autre particularité du pays, les clubs de lecture, readings groups, semblent constituer l'avenir du lectorat et de l'édition.
"Tim Parks, l'écrivain anglais, [...] analyse ainsi le prestige et le succès de la littérature américaine, dont les traductions se vendent et suscitent commentaires dans le monde entier: la culture américaine, mélange pour beaucoup d'êtres de la planète de proximité et d'étrangeté, offre une sorte de pays réel qui serait en même temps celui de l'imaginaire, et dont les romans seraient a priori parés de l'aura et des délices de la fiction [...]" (p. 149)
Suivent deux entretiens.
Le premier avec Adam Gopnik, né en 1956, essayiste, une des vedettes du New Yorker. En 1991, il a organisé avec son ami l'historien de l'art Kirk Varnedoe une exposition au MoMa intitulée High and Low, dont le sujet était les rapports entre culture classique et culture populaire. J'ai beaucoup aimé cet entretien, vraiment très intéressant; c'est peut-être la partie qui m'a le plus plu dans cette Revue des Deux Mondes.
Le second entretien avec le poète et romancier Ben Lerner, grand admirateur de Mallarmé.

Jean-Pierre Naugrette, professeur de littérature anglaise, nous propose ensuite Un Américain à Paris. Hemingway, Gertrude Stein et l'art de la boxe, très très bon article également.

La revue s'achève avec des notes de lecture, qui présentent divers ouvrages:
- La France devant l'Europe de Jules Michelet.
- Dîner de gala. L'étonnante aventure des brigands justiciers de l'Empire du milieu de Philippe Videlier, ouvrage à la construction semble-t-il étonnante sur la Chine maoïste.
- Trois excentriques anglais de Lucien d'Azay.
- Un voyou argentin d'Ernesto Mallo.
- Journal 1918-1933 d'Hélène Hoppenot, musicienne, femme de diplomate, qui a parcouru le monde dans le sillage de l'ambassadeur Paul Claudel. Comme j'adore les journaux, j'ai bien envie de découvrir celui-ci.

J'ai transformé ma Revue des Deux Mondes en Bouq'lib. En traînant un peu à Montreuil, peut-être que vous pourrez l'attraper...

mercredi 29 mai 2013

Only God forgives

Only God forgives
 
Réalisateur: Nicolas Winding Refn
Avec: Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm, Gordon Brown.
France / Danemark, 2013.

 
Le retour du couple Nicolas Winding Refn et Ryan Gosling évoque tout de suite leur précédent film, Drive, sorti en 2011. Drive "fonctionnait"; avec un minimum de lâcher-prise, le spectateur se laissait emporter, sans doute grâce à une des toutes premières scènes, une course en voiture à tombeau ouvert en pleine ville, plutôt époustouflante, dont je garde un souvenir assez vif. Néanmoins, Drive était  déjà un mauvais film. Je l'avais qualifié de nanar flamboyant, et au-delà du bon mot, je crois profondément être dans le vrai. Avec Only God forgives, Nicolas Winding Refn applique les mêmes recettes, sur un scénario encore plus indigent. Le spectateur le voit venir de très loin et ça ne "fonctionne" plus: la flamboyance a disparu.


Kristin Scott Thomas.


Le film déroule vaguement une histoire de vengeance et de passions familiales dans un Bangkok ultra-violent.

Ryan Gosling est certes très bel homme, il porte très bien le costume trois pièces, mais reste expressif comme un poisson mort. Mauvais truand, mauvais boxeur, il se définit presque exclusivement par son impuissance sexuelle et par son désir ambiguë pour sa mère. Il a l'air malheureux, on a envie d'aller lui acheter une glace à la vanille.
Dans le rôle de la mère castratrice, une Kristin Scott Thomas grimée en Donatella Versace d'Halloween est plus monstrueuse que Médée et Catherine de Médicis réunies. Le trop est l'ennemi du bien parfois.

Tout comme dans Drive, Nicolas Winding Refn mise énormément sur l'esthétisation à outrance de ses images, par le jeu des lumières et l'utilisation peu subtile des couleurs (univers rouges / univers bleus, couleurs chaudes / couleurs froides...) A coup de carreaux de faïence criards et de papiers peints improbables, en ne nous épargnant aucune verroterie made in China, le réalisateur ne parvient pas néanmoins à habiter un univers: ses décors restent froids et sans humour. J'avoue avoir été plus sensible à l'Amérique de carton-pâte de Drive. Peut-être parce que je n'ai aucune notion du kitsch propre aux films de Bruce Lee et autres Tigres et dragons, auxquels je ne me suis jamais intéressée, son Bangkok d'opérette ne m'a pas convaincue.

On a beaucoup parlé de la violence du film. Elle réside selon moi dans deux scènes construites en miroir. Dans la première, la main de Julian, le personnage incarné par Gosling, glisse sous la jupe de sa pseudo petite amie et on l'imagine pénétrer son sexe, maladroitement, avec un vague sentiment d'interdit. La scène se reproduit pratiquement à l'identique à la fin du film, sauf que cette fois, la main, toujours incertaine, pénètre les entrailles du cadavre de la mère.  Ce parallèle donne vraiment la nausée. On touche ici à des choses affreuses, gratuites car elles ne changent rien à la vanité de l'ensemble.

Néanmoins, grâce à sa violence arrosée de ketchup, à ses décors clinquants et à la présence de Ryan Gosling, Only God forgives a tout pour devenir un film culte du kitsch. De ceux qu'on regarde à la télé avec des copains en buvant des bières.

lundi 27 mai 2013

Bye-bye Cannes...

Les plus belles photos de la dernière montée des marches et de la cérémonie de clôture.

Audrey Tautou, maîtresse de cérémonie,
dans une robe "paquet cadeau".


 

 
Steven Spielberg et le jury de ce 66ème Festival de Cannes.

Laetitia Casta en Christian Dior.


Un oiseau de paradis...




















Asia Argento en Ermanno Scervino.



Alexandre Payne,
recevant des mains de Laetitia Casta
le prix d'interprétation masculine attribué à Bruce Dern
pour le film Nebraska





 


 
Asghar Farhadi et Bérénice Bejo,
prix d'interprétation féminine
pour le film Le passé.














Abdellatif Kechiche, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux ,
Palme d'Or pour La vie d'Adèle.






Et voilà, c'est terminé !
Vivement le Festival de Cannes 2014...


dimanche 26 mai 2013

Palme d'Or et Palmarès

Palme d'Or: 
La vie d'Adèle

Abdellatif Kechiche, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos.
 

 

 
Grand Prix: Inside Llewyn Davis de Ethan et Joel Coen.
 
 
Prix de la mise en scène: Amat Escalante pour Heli.

 
Prix du Jury: Soshite Chichi Ni Naru (Like father, like son) de Kore-Eda Hirokazu.

 
Prix du scénario: Jia Zhangke pour Tian Zhu Ding (A touch of sin).
 
 
Prix d'interprétation féminine: Bérénice Bejo pour Le passé d'Asghar Farhadi.
 
 
Prix d'interprétation masculine: Bruce Dern pour Nebraska d'Alexander Payne.
 
 

Cannes 2013: les 12 plus belles robes du tapis rouge

En attendant que le Palmarès ne soit dévoilé ce soir, voici pour tromper l'impatience une petite rétrospective très subjective des douze plus belles tenues de cette 66ème édition du Festival de Cannes.
 
Mercredi 15 mai:
Sonam Kapoor en Dolce & Gabbana.

En optant pour un volume XXL et pour un imprimé non moins présent, l'actrice indienne a fait un choix très audacieux. Bien lui en a pris, car cette robe lui va à ravir. C'est peut-être ma tenue préférée de ce Festival.



Vendredi 17 mai:
Bérénice Bejo en Alexis Mabille.

 
 
 
Beaucoup de chic pour Bérénice Bejo, dont la tenue marie harmonieusement deux grands classiques des vestiaires féminins et masculins: le jupon à froufrous et la veste de smoking.
La minaudière Olympia Le-Tan accessoirise avec humour cette robe assez sage, apportant à l'ensemble un petit air de jazz...
 
 
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
 
La minaudière Olympia Le-Tan.
 
 
Samedi 18 mai:
Jennifer Lawrence en Christian Dior.
 
 
 
 
Jennifer Lawrence, égérie de Dior, a choisi de rester très traditionnelle avec cette robe bustier noire et blanche, joliment drapée près du corps. Un classique qui fonctionne.
 
 
 
 
 
 
 
 
Samedi 18 mai:
Léa Seydoux en Louis Vuitton.
 
Léa Seydoux et Rebecca Zlotowsky.
Cette création Louis Vuitton au bleu très doux lui allant comme un gant, Léa est éblouissante. Comme toujours...
A noter la coiffure parfaite: j'aime beaucoup la queue de cheval associée à cette grande mèche plaquée.
 
 
 
 
 
 
 
Dimanche 19 mai:
Nicole Kidman en L'Wren Scott.

En adoptant cette robe à la coupe classique mais à l'imprimé d'inspiration africaine à tomber, ce membre du Jury marque incontestablement des points.
 
 
Lundi 20 mai:
Emmanuelle Riva en Lanvin.
 
Un chic intemporel pour cette immense actrice qu'est Emmanuelle Riva. Une vieille dame superbement élégante.
 
 
Lundi 20 mai:
Marion Cotillard en Christian Dior.
 
Marion Cotillard a opté pour une tenue très 1960's, très graphique. J'adore cette association entre le noir et blanc et deux couleurs primaires, à savoir le jaune et le bleu. Avec son chignon banane, elle est superbe dans cette robe.
 
 
Mardi 21 mai:
Dita Von Teese en Elie Saab.
 
 
 
 
Du rouge et un côté rétro assumé, c'est souvent ce que j'aime. Dita reste fidèle à ses basiques: je la suis.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mercredi 22 mai:
Astrid Berges-Frisbey en Chanel.
 
Si la robe et les chaussures sont magnifiques, c'est à mon avis la pochette Chanel (type Légo...) qui donne tout son caractère à la tenue. Avec une coiffure au négligé très naturel et un superbe rouge à lèvres, la jeune actrice est tout simplement parfaite.
 

Mercredi 22 mai:
Li Yuchun en Givenchy.

 
Rares sont celles qui osent le pantalon sur le tapis rouge. Avec cette tenue Givenchy toute en brillance et en extravagance, la chanteuse et actrice chinoise allie avant-garde et élégance.
 
 
Mercredi 22 mai:
Milla Jovovich en Armani.
 
 
 
 
 
Et si le bleu nuit était LA couleur de Milla Jovovich ?
Ce jupon à traîne moirée associé aux pierreries du décolleté est du meilleur effet.


















Vendredi 24 mai:
Eugenia Silva en Dolce & Gabbana.

Terminons avec un savant mélange de romantisme et de provocation, entre longueur vaporeuse et transparence osée. Le top-modèle espagnol arbore une élégance très italienne.


A présent, il ne nous reste plus qu'à faire preuve d'un peu de patience pour voir quelles jolies surprises cinématographiques et vestimentaires nous réservera la cérémonie de clôture...

samedi 25 mai 2013

L.A. Dance Project au Théâtre du Châtelet




 
 
L.A. Dance Project
Benjamin Millepied,
Founding Director.
 
 
Les 23, 24 et 25 mai.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Danseur et chorégraphe mondialement reconnu, Benjamin Millepied s'est fait connaître du grand public pour avoir été le consultant chorégraphe du film de Darren Aronofsky, Black Swan, et pour avoir épousé l'actrice Natalie Portman.
Élu danseur étoile du New York City Ballet en 2001, il œuvra comme danseur et chorégraphe au sein de cette prestigieuse institution jusqu'en 2011.
Installé alors à Los Angeles, il y fonda le LA. Dance Project. Ce n'est pas à proprement parler une compagnie, mais "un collectif de créateurs, qui souhaite présenter la danse sous toutes ses formes. Il s'est entouré d'artistes, du monde de l'audiovisuel aux arts plastiques, de façon à faire sortir la danse de ses frontières, cherchant à redéfinir la notion même de collaboration artistique."
A compter d'octobre 2014, il sera le nouveau directeur du Ballet de l'Opéra de Paris.
 
 
Le Théâtre du Châtelet est un magnifique théâtre à l'italienne, mais selon les places, la visibilité n'est pas toujours parfaite. Qu'importe, même si la partie droite de la scène m'était un peu cachée, j'ai eu le plaisir d'assister à la représentation du vendredi 24 mai, durant laquelle trois pièces ont été présentées.
 
Tout d'abord Reflections (2013), en création mondiale.
 
Chorégraphie: Benjamin Millepied en collaboration avec Julia Eichten, Charlie Hodges, Morgan Lugo, Nathan Makolandra, Amanda Wells.
Musique: David Lang, this was written by hand / memory pièces (extraits.)
Piano: Andrew Zolinsky.
Lumières: Roderick Murray.
Concept visuel et costumes: Barbara Kruger.
Danseurs: Amanda Wells, Morgan Lugo, Nathan Makolandra, Julia Eichten, Charlie Hodges.
 

 
 
Dans un décor lettré rouge et blanc annonçant tout de suite le propos, "Stay. Think of me thinking of you", des couples de danseurs évoluent magnifiquement, les uns après les autres, à plusieurs ou tous ensemble. Puis pendant un moment, un rideau tombe, remplaçant le "Stay" par "Go." Je me souviens d'un couple enlacé, puis peu à peu, lui la lâche, les bras ballant, alors qu'elle ne cesse de le serrer, presque désespérément. J'en ai été bouleversée aux larmes.
 
 
Venait ensuite Winterbranch (1964).

Chorégraphie: Merce Cunningham.
Musique: La Monte Young: 2 Sounds.
Décors et costumes: Robert Rauschenberg.
Lumières: Beverly Emmons (d'après celles de Robert Rauschenberg.)
Mise en scène: Jennifer Goggans assistée de Robert Swinston.
Danseurs: Aaron Carr, Rachelle Rafailedes, Amanda Wells, Nathan Makolandra, Julia Eichten, Morgan Lugo.



Cette œuvre s'est avérée particulièrement déstabilisante et a d'ailleurs été beaucoup sifflée par le public. La danse semble étrangement noyée au milieu de tout le reste, et elle n'est jamais mise en valeur, de façon manifestement délibérée. Dans un grand décor assez sombre et plutôt brut, qui ressemble d'ailleurs un peu aux grands espaces en sous-sol du Palais de Tokyo, les danseurs ne sont qu'un élément parmi d'autres: ils évoluent, seulement balayés de façon presque hasardeuse par une lumière qui évoque les projecteurs des miradors. Le silence dure longtemps, remplacé peu à peu par une musique très expérimentale, aux notes grinçantes et très dissonantes. Les corps se tordent, s'appuient les uns sur les autres mus par une sorte de nécessité et ceux qui n'y résistent pas sont évacués dans des brancards improvisés dans des morceaux de tissus. J'ai beaucoup pensé à l'univers sombre et impitoyable des travailleurs du Métropolis de Fritz Lang. Le spectateur est provoqué bien sûr, car on est très loin de l'image de fluidité et d'harmonie que véhicule habituellement la danse, mais je dois dire que ça m'a plu.


La soirée s'est achevée avec Quintett (1993).

Chorégraphie: William Forsythe en collaboration avec Dana Caspersen, Stephen Galloway, Jacopo Godani, Thomas McManus, Jone San Martin.
Musique: Gavin Bryars, "Jesus' Blood Never Failed Me Yet".
Costumes: Stephen Galloway.
Lumières: William Forsythe.
Mise en scène: William Forsythe, Stephen Galloway, Thomas McManus, Jone San Martin.
Danseurs: Nathan Makolandra, Amanda Wells, Charlie Hodges, Morgan Lugo, Julia Eichten.



Difficile de traduire certains moments en mots. Sur une magnifique musique, répétant la phrase "Jesus' blood never failed me yet" un peu comme un mantra, c'est toute la beauté de la danse qui s'est déployée, jusqu'au ravissement. On voudrait que jamais ça ne s'arrête. Les danseurs ont été ovationnés par le public, cette fois totalement conquis.





Très belle soirée, de celles qui restent longtemps en mémoire...
Je suis ravie d'avoir découvert Charlie Hodges, un danseur prodigieux, magnifique. Le voir danser, c'est déjà un peu pénétrer au paradis. Rares sont ces émotions exceptionnelles.

Cannes, dimanche 26 mai

Samedi 25 mai:
Kim Novak, pour la projection de Vertigo d'Alfred Hitchcock,
dans le cadre de Cannes Classics.


Samedi 25 mai:
Roman Polansky, Emmanuelle Seigner (très très décolletée...) et Mathieu Amalric
pour La Vénus à la fourrure.


Samedi 25 mai:
Tilda Swinton et Tom Hiddleston pour Only lovers left alive.



Dernier jour du Festival !
Il n'y a donc plus de film en compétition, mais bien évidemment un film de clôture.

Il s'agit de Zulu, de Jérôme Salle, avec Orlando Bloom et Forest Whitaker. Le film sortira en novembre 2013.
 
 
 

vendredi 24 mai 2013

Cannes, samedi 25 mai

Vendredi 24 mai:
James Gray et l'équipe du film The Immigrant.



Le Festival est passé comme un souffle: les deux derniers films à concourir pour la Palme d'Or seront présentés ce samedi.


Il s'agit tout d'abord de La Vénus à la fourrure, de Roman Polanski, avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric.




Et ensuite du film Only lovers left alive de Jim Jarmusch, avec Tilda Swinton (que j'aime beaucoup) et Tom Hiddleston.



jeudi 23 mai 2013

Cannes, vendredi 24 mai

Jeudi 23 mai:
Michel Legrand, Jerry Lewis et Kevin Pollak,
pour le film Max Rose de Daniel Noah,
présenté en séance spéciale.




Jeudi 23 mai:
Abdellatif Kechiche et l'équipe du film La vie d'Adèle - Chapitre 1 & 2.




Jeudi 23 mai:
Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos.
 



Avant-dernier jour de compétition ce vendredi, avec deux nouveaux films.


The Immigrant, de James Gray, avec Marion Cotillard et Joaquim Phoenix. Le film, qui semble un peu mélodramatique (mais pourquoi pas...), sortira en novembre 2013.





Michael Kohlhaas, d'Arnaud des Palières, avec Mads Mikkelsen et Melusine Mayance, un drame historique qui sera sur les écrans en juillet 2013.



Ma liberté

Ma liberté, chantée par Serge Reggiani, paroles et musique de Georges Moustaki.
Deux grands messieurs, désormais regrettés.
 

mercredi 22 mai 2013

Cannes, jeudi 23 mai

Mercredi 22 mai:
Sibylle Szaggars et Robert Redford,
pour le film All is lost de J. C. Chandor,
présenté hors compétition.



Mercredi 22 mai:
Nicolas Winding Refn
pour son (mauvais ?) film Only god forgives.

Pour ce jeudi, les deux films du jour sont:
 
 
Nebraska d'Alexander Payne, avec Bruce Dern et Will Forte, film qui devrait sortir d'ici fin 2013.
 
 
 

 
La vie d'Adèle - Chapitre 1 & 2 d'Abdellatif Kechiche, joliment traduit en anglais par Blue is the warmest colour, car le roman graphique de Julie Maroh qui a inspiré ce long-métrage s'intitule Le bleu est une couleur chaude. Le film, qui sortira en  octobre 2013, réunit Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux.


 

Soleil Froid au Palais de Tokyo

Pour son dernier jour, je suis allée visiter l'exposition Soleil froid au Palais de Tokyo, qui s'est achevée le 20 mai. J'aurais bien sûr dû y aller plus tôt car je n'ai pas tout vu...


Après la saison Imaginez l'imaginaire qui a entraîné le visiteur dans le sillage même de l'invention de l’œuvre, Soleil froid explore la surface d'un monde étrange où comme l'écrivait Raymond Roussel à propos de l'écriture, "rien de réel ne doit entrer". Cette saison est ainsi placée sous le signe d'un soleil paradoxal, un soleil qui, comme le souligne Michel Foucault, "ne bouge pas, équitable à toutes choses, dressé pour toujours au-dessus de chacune" et qui éclaire un monde où "tout est lumineux Mais rien n'y raconte le jour: il n'y a ni heure ni ombre." Les artifices d'un tel monde font naître des espaces insoupçonnés que les nombreux artistes invités pour cette saison explorent chacun à leur manière.
Plaquette de présentation de l'exposition.
Citations: Michel Foucault, Raymond Roussel, Folio essais, 1992. 


Les sous-sols du Palais de Tokyo sont un peu le domaine de Dédale: de vastes espaces de béton brut, dans lesquels on se perd parfois. On chemine sans trop savoir ce que l'on va découvrir et cela se prête finalement très bien à une exposition regroupant plusieurs artistes. L'espace est bien évidemment construit, mais à moins d'avoir les yeux rivés sur le plan, la découverte des artistes tient plutôt du hasard. Cette errance est agréable. De mon point de vue, elle accompagne bien l'art contemporain et correspond à ce que j'apprécie. Je me balade, je vois des œuvres, auxquelles parfois je ne comprends pas tout, auxquelles parfois je ne comprends strictement rien. (En général, il y a quelqu'un à ce moment-là qui me traite de gourde, ne serait-ce qu'en substance, mais je n'ai pas de problème particulier avec ça: il y a des choses que je ne comprends pas, le dire permet souvent d'apprendre...) J'observe donc les réalisations et les installations qui me paraissent doucement étranges, et tout à coup, au hasard de mes pas, arrive une œuvre qui me parle totalement, que j'ai le sentiment de comprendre (à tort ou à raison !) et qui m'émeut profondément.

Les premières œuvres que j'ai découvertes sont celles de François Curlet, né en 1967, qui vit depuis 23 ans en Belgique. L'exposition est intitulée Fugu, comme le poisson japonais, incroyablement délicieux et (car ?) potentiellement mortel. Il s'agit de la première grande exposition monographique à Paris de cet artiste adepte du détournement d'objets, qui souligne les états limites et les équilibres précaires.
L'installation Rorschach Saloon date de 1999. Il s'agit d'un espace liminal, c'est-à-dire au seuil du perceptible.


François Curlet, Rorschach Saloon, 1999, Palais de Tokyo.


On découvre une pièce plutôt blanche dont un des murs est recouvert des symboles de Rorschach à la manière d'un papier peint. Les symboles sont très ordonnés, certains sont noirs, d'autres noirs et rouges et les derniers sont très colorés. On y pénètre par des portes battantes, type saloon, découpées de façon à former une des fameuses tâches. A l'intérieur se trouvent des bancs de bois, presque des divans, avec posées sur chacun deux bouteilles, du whisky et de la vodka, symbolisant l'antagonisme est/ouest. Je me suis sentie très bien dans cette pièce, je me suis laissée porter et surtout je ne me suis pas demandée ce que m'évoquaient les tâches de Rorschach...

J'ai découvert ensuite Nouvelles impressions de Raymond Roussel.
"Sous les auspices de la figure excentrique et fascinante de Raymond Roussel (1877-1933), le Palais de Tokyo accueille une exposition ambitieuse qui cartographie l'influence de ce génie fulgurant sur les artistes d'aujourd'hui."

Raymond Roussel était un écrivain du XXème siècle, qui s'est attaché à inventer un monde "où l'imagination est tout." Il travailla notamment sur la métamorphose des mots en choses. Impressions d'Afrique, Nouvelles impressions d'Afrique et Locus Solus sont ses ouvrages les plus connus. Son influence sur la création d'aujourd'hui est demeurée très forte. Pour lui rendre hommage, de nombreux documents retraçant ses travaux et sa vie sont donc présentés, ainsi que de nombreuses œuvres d'artistes très divers.
J'ai adoré Spatz von Paris, une œuvre de 2011 de Thomas Bayrle, né en 1937, qui vit et travaille à Francfort.


Thomas Bayrle, Spatz von Paris, 2011.


La 2CV et Edith Piaf composent un stéréotypique tableau parisien. Concrètement, sur un trépied se trouve un moteur de 2CV avec un haut-parleur en dessous: on entend le bruit du moteur et la chanson de Piaf, de façon successive ou concomitante, l'un prenant parfois le pas sur l'autre. C'est tellement poétique !
J'ai remarqué également une émission de télé de Jean-Christophe Averty, né en 1928. Intitulée Impressions d'Afrique et datant de 1977, il s'agissait d'une fresque chatoyante, apparemment plutôt foutraque. Je crois me souvenir que quand j'étais petite, avec mes parents, nous écoutions à la radio une émission musicale avec Jean-Christophe Averty; mes parents l'aimaient beaucoup. J'ai fait quelques recherches: ça s'appelait Les cinglés du music-hall.

Mes pas m'ont menée vers Zuratoque, l'exposition de Marcos Avila Forero, né en 1983, qui vit et travaille à Bogota et à Paris.
"Je suis allé pour la première fois à Zuratoque (bidonville dans la région de Santander en Colombie) il y a presque deux ans, pour diriger une équipe de dix personnes afin de réaliser une étude socio-économique du lieu. Il s'agissait d'identifier différentes familles y habitant puis de les aider à s'organiser pour créer des dossiers qui allaient leur servir à réclamer leur "droit de restitution" en tant que "déplacés internes" en raison du conflit armé. En d'autres termes, pour qu'ils puissent continuer à vivre là où ils vivaient déjà. [...] [Les familles] m'ont alors raconté leurs histoires, à l'origine de ce projet Zuratoque. J'ai tout d'abord proposé l'idée - écrire un témoignage sur un sac de jute puis l'effilocher pour tisser avec le fil des sandales traditionnelles, les alpartagas - aux responsables de la communauté, puis quelques familles ont commencé à s'y intéresser. [...]"
 Marcos Avila Forero.

Les témoignages sont donc accrochés au mur, avec les sandales posées juste en dessous.

Marcos Avila Forero, Zuratoque, Palais de Tokyo.

Les alpartagas.



Juste à côté une exposition consacrée à Hicham Berrada m'a beaucoup plu. Né en 1986 et travaillant à Paris, Hicham Berrada réfléchit sur les notions de création, de nature et de matière.
Présage, tranches est une œuvre de 2013. Des produits chimiques sont mélangés dans une cuve en verre de 37 x 28 x 5 centimètres. Cinq cuves sont accrochées côté à côte comme des tableaux.


Hicham Berrada, Présages, tranches, 2013, Palais de Tokyo.

Chaque cuve forme un monde chimérique aux couleurs et aux formes fascinantes. C'est très beau, évocateur d'univers tranquilles, peut-être même trop tranquilles, apaisants mais aussi un peu angoissants.


Hicham Berrada, Présages, tranches, 2013, Palais de Tokyo.

Hicham Berrada, Présages, tranches, 2013, Palais de Tokyo.


J'ai terminé ma visite par le programme Bibliothèque d'artiste du Palais de Tokyo, qui donne accès à un espace qui n'existe que par et dans l'esprit de l'artiste.
La Bibliothèque a été investie par Evariste Richer, avec l'exposition Le grand élastique. Evariste Richer est né en 1969 et travaille à Paris. L'artiste entraîne le visiteur dans le plus lointain comme dans le plus enfoui, en juxtaposant le minéral et le céleste. Il joue avec des phénomènes qui dépassent notre entendement (en tout cas le mien...)
Sur un des immenses murs se trouve une multitude de photos de collections de roches rangées dans de petites boîtes. J'aime tout particulièrement l'idée de la collection: l'ordre, la répétition, l'accumulation et le sentiment très fort que ça raconte toujours quelque chose de profond, bien au-delà des objets.


Evariste Richer, Palais de Tokyo.


Sur le mur adjacent répondent des photos du phénomène astronomique des nuages de Magellan. Ce sont des galaxies paradoxales (???) observables depuis l'hémisphère sud.


Evariste Richer, Palais de Tokyo.



L'art contemporain nous confronte souvent à ce qui ne nous est pas familier. Un côté salutaire sans doute...