dimanche 31 mars 2013

Woyzeck [Je n'arrive pas à pleurer]

Pièce d'après Georg Büchner
Adaptation, écriture, mise en scène: Jean-Pierre Baro
 
Scénographie, vêtements, accessoires: Magali Murbach & Jean-Pierre Baro
Création sonore: Loïc Le Roux
Création vidéo: Vincent Prentout
Création lumière: Bruno Brinas
 
Avec: Simon Bellouard, Cécile Coustillac, Adama Diop, Sabine Moindrot, Elios Noël, Philippe Noël, Tonin Palazzotto
 
Le Monfort Théâtre, Paris 15ème
Jusqu'au 06 avril 2013.
 
 

La pièce est le mélange de deux textes, deux histoires, deux époques, deux pays.
Woyzeck est l'oeuvre de l'écrivain allemand du XIXème siècle Georg Büchner. Il s'est inspiré d'un fait divers: le meurtre de sa maîtresse à coups de couteau par un ancien soldat, qui sera exécuté sur la place du marché de Leipzig en 1824. Büchner entame sa pièce à l'automne 1836, mais meurt brusquement du typhus en février 1837, à l'âge de 23 ans. Woyzeck n'est donc constitué que de fragments plus ou moins regroupés en quatre manuscrits; on ignore notamment complètement la fin que l'auteur prévoyait de donner à son drame. De ce fait, l'oeuvre inachevée se prête bien aux interprétations, aux reconstructions et aux mélanges avec d'autres textes.
Je n'arrive pas à pleurer est l'oeuvre du comédien et metteur en scène Jean-Pierre Baro. Il a écrit ce texte à partir d'entretiens réalisés avec sa mère, qui raconte l'histoire du père, travailleur immigré sénégalais dans la France des années 1960 et 1970.

Il faut dire d'emblée que le lien entre les deux textes, entre les deux thématiques, n'est pas évident au premier abord. Et de ce fait, le début du spectacle est un peu déstabilisant.

Mais par les choix de mise en scène, Jean-Pierre Baro parvient à agréger ces deux destins tragiques. Les comédiens évoluent sur un même plateau, mélangeant habilement les deux époques, les deux intrigues. Si les deux femmes centrales des deux histoires, Marie, la maîtresse de Woyzeck autour de laquelle se noue la tragédie, et la mère de Baro qui narre le destin français du père, ont un rôle bien distinct, l'homme lui est unique, renforçant ainsi le sentiment d'unité de ces deux existences. Adama Diop ne joue pas successivement Woyzeck et le père de Baro: la mise en scène fait qu'il incarne les deux hommes de façon concomitante.

Ainsi se tisse l'idée d'une destinée commune entre ces deux êtres déclassés, méprisés, qui perdent peu à peu le contrôle de leur vie. "Nous les pauvres" dit Woyzeck. "Mécanicien, il est arrivé sur un nouveau lieu de travail et tout de suite on lui a donné un balai" dit la mère. Le poids des hiérarchies militaires, des stéréotypes raciaux et des pressions familiales finira par les écraser tous deux, jusqu'au drame final: le crime passionnel pour l'un, l'alcoolisme destructeur pour l'autre.


La mise en scène soignée, la beauté du décor et des effets (un lancé de paillettes rouges sang, magnifique !) et une excellente musique sortie d'un juke-box (Ike et Tina Turner, etc.) tiennent sans peine le spectateur en haleine jusqu'au point de rupture annoncé. Si le jeu d'Adama Diop ne m'a pas toujours paru très inspiré, Sabine Moindrot, superbe jeune comédienne incarnant la fiancée de Woyzeck, me semble à l'aube d'une belle carrière.

Laissons pour conclure la parole à Jean-Pierre Baro:
"Il s'agit de deux photographies d'un même thème représentées par deux femmes: Marie, l'héroïne de Woyzeck et La femme de Je n'arrive pas à pleurer, celle qui témoigne. Entre ces deux femmes, il y a un enfant qui écoute et vit dans les deux histoires."


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