jeudi 28 mars 2013

Rendez-vous manqué

Je suis à nouveau allée assister à l'émission de France Culture, Le rendez-vous, vendredi dernier au Palais de Tokyo. J'étais très impatiente, car la principale invitée était Angela Davis et apparemment, je n'étais pas la seule car il y avait beaucoup de monde dans le public.
 
 
Je dois dire que j'étais assez émue de voir cette femme en chair et en os, à quelques mètres devant moi, petit morceau vivant d'histoire contemporaine américaine. Et de façon plus personnelle, j'ai eu le sentiment d'un petit voyage dans le temps. J'ai lu en effet An autobiography par Angela Davis lorsque j'étais en deuxième année de fac à Dijon. Je me souviens parfaitement du livre à couverture rougeâtre que j'avais trouvé dans une brocante et qui m'avait beaucoup marqué. Cette période de ma vie, bien qu'assez lointaine à présent, ressemble finalement un peu à ce qu'est mon existence aujourd'hui...
Mais revenons au déroulement de l'émission.
 
 
Le journal de la culture s'est ouvert sur un coup de tonnerre, ou tout du moins ce qui était présenté comme tel: l'annonce de la fermeture de la galerie d'art parisienne de Jérôme et Emmanuelle de Noirmont, parmi les plus importants galeristes de la capitale, qui ont permis entre autres la découverte de Jeff Koons. Une interview du principal intéressé, qui plaignait en substance les pauvres entrepreneurs obligés de quitter le pays, nous a directement plongé en pleine réaction.
Les brèves ensuite:
- la disparition de l'écrivain nigérian Chinua Achebe.
- Koh-Lanta au Cambodge, premier jour: un mort.
Moins macabre, il n'y aurait plus que trois candidats sérieux pressentis pour prendre la tête du Musée du Louvre: Sylvie Ramond, directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon, Jean-Luc Martinez,  directeur du département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre, et un candidat mystère. Quel suspense !
Enfin, nous avons eu le plaisir d'avoir des nouvelles de l'émission M6 Déco. Pour ma part, je les ai déjà subis sur mon lieu de travail, dans une de leurs grandes opérations de marketing caritatif. L'émission était donc allée œuvrer dans la demeure d'une famille très modeste de Picardie, avec neuf enfants. Leur garage avait été transformé en pièce à vivre de 80 mètres carrés. Et grâce à cela, ces personnes qui ne payaient pas d'impôts se sont vues réclamer une taxe foncière de 2500 €. Merci qui ? Merci Valérie !
 
 
 
Mélissa Laveaux était l'invitée de la session. Cette fille de la diaspora haïtienne, qui a grandi au Canada, a joué deux titres de son dernier album, dont la chanson Pretty girls.
Je l'ai trouvée très bien habillée, avec une petite robe noire à col blanc très sage, un collant noir opaque et un petit gilet corail assorti à des ballerines Lacoste. C'était du meilleur effet avec sa guitare électrique rouge vif et elle était vraiment très mignonne.
Par contre, sa musique est sans doute moins ma tasse de thé que son dressing...
 
 
 
 
 
 
 
Enfin, ce fut le tour d'Angela Davis. Un documentaire retraçant sa vie et ses combats politiques va sortir le 3 avril prochain: Free Angela, de Shola Lynch.
Nous avons entendu une bande sonore, avec la voix de Jean Genet qui, en 1970, soutenait publiquement Angela et les Black Panthers. Elle était en effet accusée à l'époque d'avoir organisé une prise d'otage ayant entraîné la mort d'un juge et de quatre autres personnes. Après des mois de fuite et une arrestation par le FBI, il y eut un long procès mais également une grande mobilisation pour la libération d'Angela, et notamment en France. Elle dit aujourd'hui se souvenir de cette époque, du soutien de personnalités comme Aragon et Prévert, avec émotion.
Elle milite toujours sur la question des prisons aux États-Unis. Interrogée sur le problème des armes, Angela Davis, s'est prononcée contre. Elle soutient également le fait de retirer les armes à la police, car ça constitue un problème pour la démocratie.
Elle a très peu pu s'exprimer sur l'impérialisme US, sur la condamnation du capitalisme et sur la question noire aujourd'hui. Les journalistes n'ont cessé de l'emmener sur le terrain du féminisme et de son homosexualité, soi-disant révélée tardivement.  Angela a fait référence à la philosophe Judith Butler pour qui le genre est une construction sociale.
Bref, toujours les mêmes sujets, ceux dont on parle partout avec les mêmes mots ou presque. L'ultra consensuel sous un joli vernis légèrement polémique ne convainc plus que ceux qui en discutent sur les ondes... J'étais très déçue par la tournure donnée à l'émission: recevoir Angela Davis et n'en faire que ça ? Vraiment ?
 
 
 
 
Thomas Clerc et sa chronique m'ont un peu remonté le moral. Il présentait cette semaine l'hebdomadaire Jeune Afrique, magazine phare de l'Afrique francophone, "jeune" depuis tout de même 53 ans.
Avec un demi-sourire, Thomas Clerc a affirmé goûter son exotisme avec une touche d'orientalisme occidentalisant, mais a trouvé que l'économie y était bien trop présente. Il souhaiterait donc un peu plus l'Afrique et un peu moins les affaires ou comme il l'a joliment dit: "un magazine moins proche d'Angela Merkel et plus proche d'Angela Davis."
 
 
 
 
Marie N'Diaye venait clore l'émission avec son dernier roman, Ladivine, paru chez Gallimard.
Je ne connaissais pas beaucoup Marie N'Diaye, si ce n'est à travers les articles de presse qu'a suscité son prix Goncourt et j'ai été très marquée au premier coup d'œil par sa grande beauté: c'est une femme au physique magnifique.
Ladivine paraît constituer un diptyque a contrario avec Trois femmes puissantes. Il s'agit de trois femmes, mères et filles, et de leurs relations sous le regard d'un chien. "Elles sont tout sauf puissantes" explique l'auteur.
Interrogée sur le fait qu'elle aurait déclaré n'écrire ni en tant que femme ni en tant que noire, Marie N'Diaye a admis qu'il s'agissait pour elle d'une question problématique qui l'embarrassait. "Je suis aux yeux du monde une femme noire. Moi, je l'oublie. Mais je ne peux me départir d'une certaine responsabilité. C'est un rôle. Ce n'est pas réellement moi."
 
 
Et voilà, je suis partie vaguement agacée.
Au Palais de Tokyo, les semaines se suivent et ne se ressemblent pas.
Cette fois, face à Angela Davis, c'est Le Rendez-vous que j'ai trouvé bêbête...
 
 

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